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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

La Semaine de 4 heures

de Timothy Ferriss

récension rédigée parMarie Tétart

Synopsis

Économie et entrepreneuriat

En 2007 sortait La Semaine de 4 heures, de Timothy Ferriss. Du jour au lendemain, son auteur devenait une personnalité incontournable du Web et du monde entrepreneurial. Best-seller du New York Times, vendu à plus d’un million d’exemplaires, l’ouvrage se transforma en bible d’un nouvel art de vivre. Cet essai louvoyant entre business et développement personnel prône un étonnant précepte, celui du « travailler moins pour gagner plus ». Il va plus loin : il prétend donner les clés pour atteindre ces objectifs qui feront du lecteur, dixit l’auteur, « un Nouveau Bienheureux ».

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1. Introduction

Pour être riche, on dit qu’il faut travailler. Fort de ce précepte que l’on ne saurait réfuter, Timothy Ferriss passe douze heures par jour et sept jours sur sept à gérer son entreprise de vente en ligne de compléments alimentaires pour sportifs, BrainQuicken. Il gagne beaucoup d’argent, mais il déteste sa vie. Au bord du burn-out, il plante là la gestion de sa société et s’enfuit en Europe pour des vacances qui doivent durer un mois. Un an plus tard, il est de retour et se rend compte avec stupéfaction que son entreprise ne s’est pas écroulée. Une heure d’échange de mails par semaine a suffi à la maintenir à flot, mieux elle est plus florissante que jamais.

Pour Timothy Ferriss, c’est la révélation. On peut travailler moins, gagner plus — et vivre mieux. Tout cela est certes assez atypique et mal considéré dans une société où la valeur travail reste profondément ancrée, mais c’est une possibilité offerte par les nouvelles lois de la mondialisation et de l’incontournable outil web. Une fois le choc passé et son nouveau mode de vie établi, il décide de partager son expérience pour inspirer d’autres personnes. C’est ainsi qu’il livre au lecteur l’histoire de sa vie professionnelle dans La Semaine de 4 heures. Tout découle d’une prise de conscience singulière et d’un nouveau regard porté sur le monde de l’entreprise : c’est presque un genre de philosophie du travail et de la vie qui s’écrit dans ces pages.

Mais l’essai se veut aussi et surtout un ouvrage de conseils aux entrepreneurs et aux salariés qui souhaitent changer de vie. Tous se retrouveront alors dans ce mode de vie « externalisé » que prêche et qu’incarne le gourou Timothy Ferriss : celui des Nouveaux Bienheureux.

2. Le partage d’une expérience de vie

Timothy Ferriss sait de quoi il parle. Le monde de l’entreprise, il le connaît bien : il l’a vécu par ses deux versants, celui d’employé et celui de dirigeant. Dans le premier cas, il travaillait douze heures par jour et il gagnait 40 000 € par an. Dans le second, il gagnait certes douze fois plus, mais il travaillait toujours douze heures par jour, et cette fois sept jours sur sept. Bref, Timothy Ferriss nous dit que dans les deux cas, il n’était pas heureux du tout. Comme nombre de gens qui occupent un emploi médiocre qu’ils n’aiment pas et nombre d’individus même richissimes qui n’ont pas le temps de dépenser l’argent si minutieusement amassé, précise-t-il. L’auteur nous invite ainsi à nous approprier son expérience puisque nos points de départ sont les mêmes, du moins dans son postulat.

C’est ainsi que, du début jusqu’à la fin, Timothy Ferriss prend le lecteur par la main pour l’immerger dans son aventure. Même les premières années de vie sont narrées. Vie scolaire, premiers jobs, études universitaires, tout est passé au crible. L’auteur-personnage principal s’y dévoile dans son tempérament autodidacte, affirmé, inventif, mais aussi très individualiste. Ses passions et loisirs sont également mis en avant puisque, dans la philosophie de Timothy Ferriss, ce sont eux qui donneront le tempo de la vie professionnelle. On ne s’étonnera donc pas de le voir tantôt disputer une compétition de tango jusqu’à remporter le record du nombre de rotations en moins d’une minute, tantôt remporter la médaille d’or du championnat national de Sanda en Chine après en avoir exploité les règles. Mais cet étalage de lui-même ne concerne pas que les à- côtés. L’auteur prend aussi son exemple personnel pour distribuer des conseils dont il a lui-même éprouvé la pertinence. À chaque étape du changement de vie, il s’appuie sur son expérience pour inciter le lecteur à le suivre. De la gestion du temps de travail jusqu’au départ en ce qu’il appelle la mini-retraite, Timothy Ferriss prouve par son exemple que, oui, c’est possible. Cette mise en perspective donne ainsi à l’ouvrage un ton très persuasif.

Par cette narration à la première personne, l’auteur révèle en somme son sujet. L’individu, ses désirs, ses rêves doivent être placés au centre de sa vie. Le travail et l’argent amassé ne servent plus dès lors qu’à les satisfaire.

3. Un autre regard porté sur le travail (et sur la vie) ?

« Certains individus refusent de démordre de l’idée qu’avec un petit peu plus d’argent, tout irait bien. » (p. 31) C’est là le postulat de base sur lequel, nous dit l’auteur, toute la société est fondée. Il faut engranger toujours plus pour faire face aux aléas ; il faut engranger toujours plus pour avoir de quoi vivre lorsque sonnera l’heure de la fameuse retraite. Ces deux craintes enchaînent l’individu et souvent le lient à un travail qu’il n’aime pas. Qu'il gagne beaucoup ou que cela ne suffise pas à lui assurer un quotidien confortable, le résultat est le même : il n'a pas le temps de profiter de la vie. Son seul horizon, souvent, se résume à un seul mot : retraite. « Sauf à finir comme James Dean, votre vie sera LONGUE : 9 h-19 h pendant quarante à cinquante ans de vie professionnelle, c'est un sacré bout de temps à vous morfondre si la cavalerie n'arrive pas. En gros, 500 mois de bagne. » (p. 51) Timothy Ferriss déclare au lecteur que c'est à lui d'être la cavalerie.

Car à quoi bon posséder toujours plus si l'on n'a pas le temps de dépenser son argent ? Pire encore, à quoi bon continuer à trimer presque sans aucune reconnaissance financière ni professionnelle dans un job qui ne laisse le temps à rien d'autre ? Finalement, à quoi sert l'argent ? Pourquoi nous levons-nous le matin et allons-nous travailler ? Le but, nous répond Timothy Ferriss, n'est pas de gagner beaucoup d'argent — même si plus, c'est toujours mieux que moins. Le but, c'est de gagner assez d'argent pour accomplir ses désirs, et pour les accomplir maintenant, non pas dans quarante ans, à l'heure hypothétique de la retraite. D'ailleurs, nous dit l'auteur, n'est-il pas bien triste que l'unique horizon de toute une vie consiste en quelques années de vieillesse à l'orée de la mort ?

La conséquence de ce retournement de perspective, c'est qu'il faut dégager du temps pour pouvoir accomplir ses rêves. Du temps, mais aussi de l'argent. S’engager dans cette démarche implique souvent un changement fondamental de mode de vie et par suite une prise de risque. C'est pourquoi le désir ne prend jamais corps, constate l’auteur. Paralysé par les perspectives d'échec, l'individu renonce. Timothy Ferriss décortique cette terreur des possibles. Éloquemment, il démontre que le pire est rarement cauchemardesque. Les « 500 mois de bagne », en revanche, sont garantis.

4. Un guide pratique à l'attention des entrepreneurs et des salariés

Étape par étape, Timothy Ferriss donne au lecteur le fil à suivre pour en arriver à cette fameuse semaine de 4 heures qui permettra de jouir de la vie sans entrave. Ses conseils sont essentiellement pragmatiques et il les fait reposer tous ou presque sur son expérience personnelle. Si ce n'est pas la sienne, il invoque les chemins de vie de ses connaissances, voire de ses aficionados dans la seconde édition enrichie.

Timothy Ferriss montre que, pour atteindre le but ultime, il faut travailler moins et gagner plus. Il s'agit donc de se dégager du temps et de l'argent et, pour ce faire, d’améliorer sa productivité personnelle. Comment ? Par le biais de deux principes économiques fondateurs pour l'auteur : la loi de Pareto et celle de Parkinson. La loi de Pareto a été démontrée par l'économiste italien Pareto (1848-1923) : elle explique que, dans la plupart des cas, 80 % des effets sont produits par 20 % de causes. On l'appelle également loi des 80-20. La loi de Parkinson, quant à elle, a été développée par un essayiste britannique dans les années 1950 et montre que les tâches grossissent en importance et en complexité perçue à la hauteur du temps qui est alloué à leur réalisation.

Que retire Timothy Ferriss de ces deux principes ? Qu'il faut gérer son temps autrement ou, plutôt, cesser de le gérer et commencer à le rentabiliser. D'abord, s'appuyer sur la loi de Pareto pour faire le ménage : l'auteur invite le lecteur à supprimer les 80 % de causes qui ne produisent que 20 % d'effets et à se consacrer aux 20 % de causes réellement productives. Par exemple, renoncer aux clients exigeants, donc chronophages, qui n'amènent qu'une part infime de chiffre d'affaires. Ensuite, il faut se donner des délais serrés, comme l'y incite la loi de Parkinson. Plus votre échéance sera proche, plus votre productivité sera stimulée.

L'auteur donne d'autres conseils très techniques pour augmenter sa rentabilité horaire. L'un des outils essentiels proposés est l'externalisation des tâches les plus rébarbatives et/ou les plus coûteuses en temps. Le but final est la mise en pilote automatique, surtout pour les entrepreneurs : l'entreprise doit fonctionner sans que le Nouveau Bienheureux ait besoin de s'en mêler.

On notera dans l'ouvrage les parties presque explicatives sur la manière , d'une part, de trouver une muse, c'est-à-dire un produit à vendre, pour en faire une entreprise hautement rentable et, d'autre part, de réussir à « briser les chaînes » qui entravent l'employé afin qu’il puisse profiter d’une situation de télétravail qui lui permettra d’aménager sa semaine de 4 heures.

5. Les Nouveaux Bienheureux, un courant hétéroclite

Au final, que trouve-t-on ?

Un assemblage d’individualités partageant toutes, au-delà de leurs différences parfois très notables, l’objectif auquel tend le livre : une vie harmonieuse dans laquelle le travail et l’argent sont des outils, et non des moyens. Malgré le côté provocateur du titre, la semaine de 4 heures n’est pas un but à viser au sens propre. Si le lecteur est enthousiasmé par son travail et y passe davantage de temps chaque semaine, peu importe : ce qui compte, selon Timothy Ferriss, est de mener une vie épanouissante financée par un travail que l’on aura rentabilisé au maximum.

Parce que, pour lui, cela rime avec voyages et expérimentation, l’auteur consacre une part notable de son livre à donner des conseils pour adopter l’art de vivre nomade. Ainsi a-t-il imaginé ce qu’il appelle les mini-retraites. Nous l’avons vu, le concept de la retraite qui vient récompenser durant la vieillesse toute une vie de labeur est vilipendé par Timothy Ferriss. « Et pourquoi ne pas répartir tout au long de la vie les 20 ou 30 années que dure habituellement une retraite au lieu de les garder pour la fin ? » (p. 251) L’idéal n’est pas tant de voyager et de voir beaucoup, mais de prendre le temps de s’arrêter un instant pour profiter du présent. Cela peut être ailleurs, dans un autre pays, à l’autre bout du monde, mais, même si l’auteur incite vivement aux voyages, ces derniers ne sont qu’une des options possibles pour décrocher du travail forcené qui rend l’individu esclave.

De fait, les Nouveaux Bienheureux peuvent avoir des profils bien différents. Dans l’édition mise à jour et enrichie parue en 2009, l’auteur a intégré à son ouvrage les retours d’expérience de nombre de ses émules. Parmi tous ces Nouveaux Bienheureux, on distinguera des mères célibataires ou des familles globe-trotters, des employés sédentaires en télétravail profitant de leur immense temps libre avec leurs enfants, des touche-à-tout aux poches percées voyageant de par le monde, mais aussi des hommes d'affaires installés dans les îles et externalisant toute leurs tâches dans des pays en voie de développement.

En somme, Timothy Ferriss vend moins un profil de vie unique que des outils de libération à utiliser pour forger sa vie à sa guise. Il est à noter que ses préceptes ont eu une influence forte sur toute une génération d’entrepreneurs, businessman et blogueurs : en 2012, le magazine américain d’actualités Newsweek a placé l'auteur à la septième place de sa liste de personnalités influentes sur Internet.

6. Conclusion

Ouvrage-phénomène, immense succès, livre de chevet de nombreux blogueurs, La Semaine de 4 heures est un essai fortement ancré dans son temps, la première décennie du XXIe siècle. Les outils sur lesquels repose la doctrine entrepreneuriale de Timothy Ferriss sont bel et bien de cette époque : dématérialisation et externalisation absolues et maîtrise de l’outil Internet sont les présupposés à partir desquels il devient possible de créer une entreprise hautement rentable à peu de frais.

Le côté simpliste de la chose saute d’autant plus aux yeux a posteriori. En 2007, il était plus facile de gagner de la visibilité sur Internet que dix ans plus tard, après que tout le monde s’y soit rué pour mettre en valeur son activité. La philosophie de vie de l’auteur est cependant plus intemporelle que les instruments qu’il propose pour l’appliquer : il s’agit, somme toute, de redonner du sens à son existence.

7. Espace critique

La position morale de Timothy Ferriss dans La Semaine de 4 heures reste ambiguë. On notera la générosité du projet : la valeur accordée à l’individu, le rejet du superflu et de la surconsommation, l’ouverture d’esprit à l’autre à travers l’immersion dans les cultures du monde.

Paradoxalement, l’auteur prône en toute candeur des méthodes d’un pragmatisme douteux. Est-il louable d’externaliser tout son secrétariat en Inde parce que « le coût horaire est inférieur » (p. 145) ? De faire produire ailleurs car les « labels “ made in USA ”, ou “ made in France ” ont (…) perdu de leur attrait » (p. 144) ? Cela suppose aussi que le modèle de vie de La Semaine de 4 heures ne s’adresse pas à tous : il n’est possible pour quelques privilégiés que si la majorité des habitants de la planète continue à gagner durement les miettes qui leur permettront — ou non — de prendre un jour leur retraite…

8. Pour aller plus loin

– Timothy Ferriss, La Tribu des Mentors, Paris, Alisio, 2018.– Marianne Cantwell, Be a Free Range Human, Londres, Kogan Page, 2013.– Aurélien Amacker, Je gagne ma vie avec mon blog, Paris, Maxima, 2014.– Stephen R. Covey, Les 7 habitudes de ceux qui réalisent tout ce qu’ils entreprennent, Paris, J’ai Lu, 2012.– Olivier Roland, Tout le monde n’a pas eu la chance de rater ses études, Paris, Alisio, 2016.

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