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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

Prendre sur soi

de Alain Braconnier

récension rédigée parAnne-Claire DuchossoyDoctorante en littérature française (Universités de Bordeaux Montaigne et Georg-August Göttingen).

Synopsis

Développement personnel

Les individus cherchent à vivre le mieux possible, et pourtant le font souvent mal, car ils ne connaissent pas l’étendue de leurs ressources intérieures. L’enjeu de l’ouvrage d’Alain Braconnier est justement d’aider chacun à trouver les moyens nécessaires, les ressources, pour avancer en confiance, en prenant soin de soi et des autres…

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1. Introduction

Prendre soin de soi, d’accord mais comment ? Voilà ce que propose Alain Braconnier à travers son livre : partir à la découverte de soi ! Il décrit avec précision ce que sont les mécanismes de protection et examine leur intérêt et leur utilité dans la vie de tous les jours. Si un certain nombre de ces mécanismes sont déjà utilisés spontanément, il est important d’en déployer toute la panoplie pour vivre en harmonie avec soi-même et avec les autres.

Pourquoi est-il essentiel pour notre Soi de se protéger ? Quelles sont les différentes manières de le faire ? Comment peut-on les développer selon les circonstances ? Voilà autant de questions qui trouvent leur réponse grâce à un propos clair et bien construit.

2. Que sont les forces intérieures ou les stratégies défensives ?

Les spécialistes ont appelé « mécanismes mentaux de défense » ces forces intérieures qui permettent de passer outre les soucis de la vie. Ce terme apparaît pour la première fois chez Freud à la fin du XIXe siècle. L’auteur insiste sur le fait qu’il est important de protéger sa nature, de savoir résister pour exister. Là où les hommes préhistoriques se défendaient par les force physique ou par la fuite, c’est psychiquement que l’homme moderne se défend à présent : « L’ensemble des ressources intérieures dont nous disposons tous sans toujours le savoir permet de ne pas réagir de manière primaire, impulsive ou trop émotive. Nous pouvons vive pleinement notre existence de façon plus réfléchie et plus subtile que nos ancêtres » (p. 18).

Les objectifs des forces intérieures sont divers : développer harmonieusement son moi et favoriser la cohérence de soi ; développer harmonieusement sa relation aux autres ; développer son estime de soi, l’amour authentique de soi ; développer ses connaissances du monde. Il existe vingt-sept ressources (stratégies défensives) divisées en trois groupes.

Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’à chaque situation, chacun trouvera un moyen de se protéger. Connaître ces mécanismes de protection permet de les utiliser à bon escient et de se protéger de façon intelligente. La façon dont nous réagissons définit d’ailleurs notre personnalité. Là où l’artiste se plongera dans la rêverie, l’intellectuel utilisera peut-être davantage l’intellectualisation…

Tout cela se joue dès les premiers mois de la vie. L’homme possède deux cerveaux : le sous-cortex est « rapide, intuitif, sensuel, arrogant, expressif, méfiant, rancunier. Sa sensualité provient de ce que c’est lui qui a faim, qui a soif, qui a des désirs sexuels, se met en colère » (p. 132) ; le néocortex, lui, est plus « réflexif, intelligent, raisonneur, logique, associatif… » (Id.) Toutes les stratégies décrites ci-dessous sont mises en place dès les premiers mois (l’enfant utilise le déni et la projection en rejetant ses angoisses sur sa mère). De 1 à 6 ans, l’enfant utilise principalement le déni. La projection, quant à elle, commence à 3 ans pour atteindre son maximum vers 10 ans, l’identification qui apparaît tout de suite se développe énormément à l’adolescence. Il est important d’éduquer nos enfants à résister pour profiter de la vie. Écouter une histoire qui fait peur permet de déplacer l’angoisse, ensuite certains livres leur permettent de s’identifier…

Il va sans dire que l’humain est un sujet social. « On sait combien une solitude prolongée représente une des souffrances humaines les plus douloureuses. Protéger son soi n’est donc pas se replier sur soi-même, mais savoir vivre avec les autres, savoir donner et recevoir » (p. 158). Pour vivre en harmonie avec les autres, il faut savoir mettre la bonne distance et les bonnes limites.

Pas trop de dépendance, mais pas trop d’indifférence non plus, voilà le secret ; un respect de l’intimité de tout le monde, un apprentissage du oui et du non et le respect du choix des autres. Il est important d’accepter et de pratiquer le débat argumenté, plutôt que de tomber dans la polémique. La réflexion doit l’emporter sur l’émotion. De telles stratégies défensives sont à la base d’une gestion des relations humaines.

3. Les stratégies défensives comme moyens d'être soi-même

Le premier groupe de stratégies défensives comprend les sept moyens de se défendre les plus efficaces qui sont également les meilleurs moyens d’être soi-même : l’humour, la sublimation, l’affirmation de soi, l’anticipation, l’action, le recours à autrui, l’auto-observation. Ce sont des défenses heureuses qui ont le pouvoir non pas de faire disparaître le négatif, mais plutôt de l’appréhender avec plus sérénité ; elles permettent de préserver le bien-être et de s’adapter autant que possible aux différentes situations que l’on peut rencontrer dans la vie.

L’humour est par exemple pour l’auteur la meilleure façon de se défendre. Il permet, en apportant une touche de légèreté, de faire face aux colères ou, à l’angoisse de faire retomber les tensions et les conflits. La sublimation dans un loisir nous rend curieux et permet, une fois encore, d’échapper aux angoisses et à tout ce qui peut en découler. La littérature, la peinture ou la musique sont de bons exemples d’activités qui engendrent du bonheur. L’affirmation de soi, est également importante, puisqu’elle donne la possibilité de faire le tri parmi l’ensemble des propositions auxquelles on se trouve confronté au quotidien. S’affirmer requiert d’avoir engrangé de la confiance, ce qui nécessite du temps.

La capacité d’anticipation permet de se protéger contre les incertitudes et les angoisses et d’envisager l’avenir avec plus de confiance. Se représenter les différentes possibilités et conséquences aide à appréhender ses émotions. Mais c’est là que se joue la différence entre optimisme et pessimisme. Les optimistes anticiperont de façon positive ce qui peut advenir, tandis que les pessimistes feront tout l’inverse. Il faut savoir que l’optimisme a des effets positifs sur la santé !

Pour ce qui de l’action, Alain Braconnier rappelle qu’« agir de manière suffisamment construite et réfléchie, sans verser dans l’activisme ou le passage à l’acte impulsif, permet le plus souvent de se dégager de ses angoisses » (p. 46). Par ailleurs, l’homme étant un sujet social, le recours à autrui est nécessaire à une vie épanouie.

L’auteur s’arrête un instant sur le dernier recours du groupe 1, l’auto-observation qui est une manière de prendre du recul sur les difficultés de la vie : « Les échecs, les menaces ou les dangers qui surgissent par moments dans la vie peuvent nous rendre plus intelligents à condition que nous réfléchissions à ce qui a pu se passer ou se passe au moment où on le vit » (p. 50). Alain Braconnier insiste sur le fait que ces sept premiers piliers sont les plus positifs et sont source d’une bonne santé physique, mentale, ainsi que d’une vie sociale et d’une vie professionnelle épanouies !

4. Prendre sur soi

Ce deuxième groupe rassemble les mécanismes de défense qui nous obligent à prendre sur nous-mêmes.

Prendre sur soi est pour Alain Braconnier une autre manière d’exister qui peut quelque fois s’avérer non efficace, mais quelques fois efficace (par exemple isoler ses sentiments est une qualité pour un chirurgien). Toutes ces stratégies sont utiles, mais doivent rester ponctuelles. L’identification est une façon de s’approprier une qualité ou un défaut qui nous attire chez autrui. Ce « mécanisme nécessaire, normal et positif au cours du développement humain, permet la construction et le changement de personnalité » (p. 55). Les relations humaines seraient impossibles si ce processus d’identification n’était pas présent. La séduction est un phénomène apportant du bien-être et repoussant la violence, l’impulsivité et l’irrespect. Il peut être une façon de cacher une timidité et une inhibition. La mise à l’écart (du regard des autres) permet de se protéger de façon utile, mais c’est peut-être aussi une façon de rejeter volontairement les problèmes et les conflits qui finiront par resurgir.

L’intellectualisation des conflits est une manière de prendre une certaine distance pour se protéger. Elle permet aussi d’atténuer les émotions, mais elle ne permet pas de résoudre les problèmes. De la même manière, le refoulement rejette dans l’inconscient les problèmes ou les ennuis. Ils ne deviennent « accessibles que par les voies d’accès inconscientes et notamment par le rêve, les lapsus, les associations d’idées imprévues…» (p. 65). Le déplacement des problèmes est une façon d’exprimer une chose de façon moins dangereuse, ce qui alors n’aura pas d’incidence sur son image et sa relation aux autres.

C’est par exemple faire passer un message à quelqu’un en s’exprimant sur autre chose. Cela apaise les angoisses et les frustrations. La fuite est selon l’auteur l’une des protections les plus animales que l’homme a conservées de ses ancêtres. Il propose seulement de bien s’interroger sur la limite entre protection et lâcheté.

L’altruisme et la dépendance : alors que le premier semble plutôt noble, il peut tout de même comporter des pièges s’il cache, au fond, des désirs cachés (par exemple être admiré…) et justement de la dépendance. Là où l’inversion des sentiments revient finalement à cette expression « rire pour ne pas pleurer », l’isolation, quant à elle, est « un moyen de défense qui permet d’isoler la pensée ou la représentation d’une situation des sentiments qui y sont normalement attachés » (p. 79), c’est, en un mot, une façon de penser mais de ne rien ressentir.

L’annulation rétroactive est une marche arrière sur ce qu’on vient de dire, c’est-à-dire « minimiser ou préciser immédiatement ce que l’on vient de dire pour atténuer ou même carrément inverser l’effet négatif de ses propos sur autrui » (p. 81), avec pour but, bien entendu, de conserver de bons rapports avec les autres. La somatisation est un processus qui exprime physiquement une souffrance psychique : c’est dire par le corps ce qu’on ne dit pas par les mots ! Le refuge dans la rêverie est également une stratégie défensive, car il nous permet de fantasmer et d’apaiser les contraintes du quotidien.

Pour terminer, il existe aussi deux dernières stratégies au sein de cette deuxième catégorie : la dépréciation est une manière d’anticiper le risque d’être déprécié par quelqu’un, et l’idéalisation excessive, au contraire, est une façon de diminuer, d’atténuer son sentiment d’insuffisance. Tous ces mécanismes « ont pour finalité de réduire, voire de supprimer, l’ensemble des modifications susceptibles de mettre en danger l’intégrité, la constance et la tranquillité de l’individu » (p. 87).

5. Les stratégies limites

Le troisième groupe de stratégies défensives est, quant à lui, constitué de stratégies limites, c’est-à-dire de derniers recours : l’agression passive, le passage à l’acte, la régression, le clivage, la projection, le déni. Ils sont « utiles comme rempart extrême contre les tyrannies externes ou internes qui nous menacent, on les mobilise lorsque nous sommes confrontés à une situation insupportable » (p. 30). Nous les utilisons lorsqu’il n’est plus possible de faire face à une situation grâce aux moyens des groupes 1 et 2. L’agression passive signifie « Je ne fais rien, mais quelle colère ! » et peut être malgré tout utile pour éviter des conflits encore plus délicats. Le passage à l’acte, quant à lui, est une réaction impulsive pour se soulager d’une tension trop forte. C’est un comportement inattendu, irréfléchi et violent. Lorsque l’on fait face à des difficultés, il se peut que l’on fasse appel à la régression ou au retour de comportements enfantins.

Le clivage consiste à diviser les choses en deux catégories : tout bon ou tout mauvais. C’est une vision manichéenne (tout noir ou tout blanc) qui a pour conséquence de développer des relations inadaptées avec soi et avec les autres. L’image que l’individu se fait des autres n'est alors pas réaliste. De la même manière, la projection consiste à dire « ce n’est pas moi, c’est l’autre ». Pour terminer, la dernière stratégie utilisée par les individus s’incarne dans le déni de réalité qui est considéré comme le mécanisme de défense le plus primitif de l’homme. Il est d’ailleurs celui qui domine le bébé les premiers mois de sa vie.

6. Conclusion

Les vingt-sept forces protectrices présentées par Alain Braconnier sont les ressources intérieures des individus, les outils pour faire face aux différentes situations de la vie quotidienne. Certaines sont plus efficaces et plus agréables que d’autres et c’est pourquoi il faut apprendre à les utiliser à bon escient.

Les sept premières sont ainsi parfaites pour favoriser la réussite en amour, la vie familiale, sociale et professionnelle. L’auteur invite à utiliser toute cette gamme de ressources pour se protéger et vivre en harmonie avec soi et avec les autres.

7. Zone critique

L’ouvrage d’Alain Braconnier propose des outils illustrés par des exemples précis, outils qui peuvent ouvrir d’autres perspectives sur sa relation à soi et sa relation aux autres. Ce sont des armes efficaces que l’on possède, mais que l’on n’utilise pas toujours…

8. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– Protéger son soi, Paris, Odile Jacob, 2010.

Du même auteur– Mère et Fils, Paris, Odile Jacob, 2005.– Les Filles et les Pères, Paris, Odile Jacob, 2008.– La peur du futur, comment ne plus s’angoisser, Paris, Odile Jacob, 2019.

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