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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

Une année pour tout changer

de Céline Alvarez

récension rédigée parCatherine Piraud-RouetJournaliste et auteure spécialisée en puériculture et éducation.

Synopsis

Développement personnel

Sept ans après son expérimentation dans une zone d’éducation prioritaire en France, au cours de laquelle elle avait mené des enfants en difficulté à la réussite scolaire grâce à la méthode Montessori, Céline Alvarez « récidive » dans une école maternelle belge. Invitée par la ministre belge de l’Enseignement, l’ex-institutrice anticonformiste a accompagné, en 2018-2019, 750 enseignants, dans le suivi de trois sections de maternelle et de primaire. De l’aménagement des classes à l’adaptation des postures pédagogiques, elle nous fait suivre la métamorphose de ces enfants.

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1. Introduction

C’est dans le cadre de la lutte contre le redoublement et l’échec scolaire que Céline Alvarez a été sollicitée par la ministre de l’Enseignement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, pour accompagner 750 enseignants désireux de transformer leurs pratiques.

Pendant un an, l’ancienne institutrice a filmé et retransmis auprès de ces enseignants l’expérimentation menée dans une école maternelle, visant à créer un environnement d’apprentissage adapté au fonctionnement et aux besoins de l’enfant, en se fondant sur la pédagogie Montessori et sur les apports des neurosciences.

À la clé, un bilan exceptionnel sur le plan scolaire, mais pas seulement : les enfants sont devenus autonomes, sereins, souriants, généreux, heureux, motivés, persévérants, calmes… Ce livre, témoignage de cette aventure hors normes, a été écrit à la fin de l’accompagnement, en juin 2019.

2. Le bon développement des fonctions exécutives, pilier des apprentissages

Un enfant de deux ans veut « faire seul » et il hurle de colère si l’on s’avise de finir le geste à sa place. Un comportement normal, car correspondant au nécessaire développement de ses fonctions exécutives, c'est-à-dire ce qui concerne la bonne compréhension des problématiques, ainsi que leur résolution : facultés d’apprentissage, de mémorisation, de coordination. En effet, c’est l’effort qui l’intéresse. Si l’on fait tout à la place de l’enfant et, a fortiori, si son cerveau est phagocyté par les écrans, apprendre relèvera d’un effort colossal, extrêmement laborieux.

À l’école élémentaire, il aura des difficultés à mémoriser une consigne et à planifier les différentes actions requises. Manquant de contrôle inhibiteur, il aura du mal à rester concentré et à suivre un fil logique. Il sera impulsif, impatient, facilement décourageable et incapable de gérer par lui-même les conflits.

Pour Céline Alvarez, il faut, dès que possible, traiter la cause de ces problèmes, de plus en plus fréquents, en réparant ce qui n’a pas pu correctement s’élaborer. Les neurosciences nous apprennent que le bon développement des fonctions exécutives est favorisé par l’affectif et par la qualité des interactions. La présence à l’autre, l’échange, l’amour, développent l’intelligence humaine au maximum de ses possibilités. Favoriser l’entraide, la générosité, la compréhension, l’amitié entre les enfants est un levier, également.Lorsque les compétences exécutives ont correctement pu être développées, nous sommes capables, à l’âge adulte, d’atteindre tous nos objectifs. Le bon développement des fonctions exécutives est souvent plus prédictif pour notre épanouissement global – scolaire, professionnel, relationnel – qu’un score élevé de QI.

3. Une organisation des classes revue de fond en comble

Céline Alvarez a commencé par initier un travail de réorganisation en profondeur des locaux au sein des trois classes pilotes : une de CP et deux de 2e année de maternelle.

Première étape : se livrer à un tri implacable des placards, en supprimant toutes les activités correspondant à des jouets et livres pas ou peu utilisés, incomplets ou détériorés. Au niveau des apprentissages « scolaires », ne restent plus que quelques activités basiques, comme des lettres et chiffres rugueux pour apprendre les gestes d’écriture ou une longue frise numérique murale. Un écrémage qui touche aussi aux décorations murales, sources de distraction. Les objets restants faisant l’objet d’un rangement méticuleux. « Plus les enfants sont capables de logique et d’autonomie dans le rangement quotidien, plus ils prennent confiance en eux et entrent facilement dans les apprentissages », estime Céline Alvarez (p.61).

En parallèle, il s’agit d’optimiser l’espace, en le rendant aux enfants. Les élèves doivent pouvoir mieux circuler, se sentir apaisés, au calme, et travailler en autonomie dans les positions de leur choix (debout, assis, allongés). Ce qui implique la suppression du bureau de l’enseignant, inutile car celui-ci est désormais en permanence près d’eux, à leur niveau. Des tables peuvent également être retirées pour que les enfants puissent travailler au sol, sur des tapis ou des galettes de mousse. Privilégier les meubles à leur taille et à leur hauteur facilitera l’autonomie : ils pourront saisir et ranger eux-mêmes leurs activités.

Enfin, comme une atmosphère agréable est fondamentale pour celle qui professe avoir « la joie comme boussole » (p.76), il faut rendre la zone d’apprentissage aussi esthétique que possible. Si les locaux sont défraîchis, l’auteure suggère aux parents de les repeindre, si besoin, avec l’institutrice. Dans les trois classes, elle introduit lumière naturelle, plantes vertes, matières en fibres naturelles, jolis fauteuils et coussins confortables dans le coin bibliothèque. De quoi apporter sérénité, sécurité et bonne humeur aux bambins.

4. De nouvelles pratiques pédagogiques, fondées sur l’autonomie et la bienveillance

Dans la pédagogie Montessori, instaurée par Céline Alvarez au sein des trois classes pilotes, il appartient à l’adulte d’accompagner précocement et progressivement l’enfant vers une autonomie de plus en plus maîtrisée.

Il ne s’agit pas, pour autant, de le livrer à lui-même. « L’autonomie, c’est lorsque l’on peut faire seul car la présence de l’autre, son étayage et sa bienveillance ont été intériorisés », pointe Céline Alvarez (p.22). Dès le premier jour, une consigne générale claire doit être donnée aux enfants : une activité choisie peut être utilisée autant de temps que souhaité, mais, une fois terminée, elle doit être rangée à sa place et en ordre. Les enseignantes doivent montrer aux enfants comment se déplacer calmement dans la classe, ou encore comment rouler et dérouler leur tapis, à un endroit où cela ne gêne personne.

Il incombe par ailleurs aux enseignantes d’initier les enfants à choisir et manipuler leur activité, le matériel étant rangée par thème et classé, de gauche à droite, dans un ordre croissant de difficulté, pour les aider à choisir. Mais il faut aussi aider les enfants à aller au bout de la tâche qu’ils se sont fixée. Il faudra également, les premiers temps, leur montrer tous les gestes de l’autonomie au quotidien : habillage, chaussage, etc.

En parallèle, il s’agit de pratiquer une communication bienveillante. Face à des 4-6 ans au cortex préfrontal (partie du cerveau qui régule les émotions et aide à prendre du recul) encore très immature, les enseignantes doivent rivaliser de patience et d’empathie. Puis, une fois l’enfant calmé, l’aider à mettre des mots sur ce qu’il ressent. Autre impératif : exprimer clairement ce que l’on attend, et toujours de manière positive – plutôt que « Ne cours pas ! », privilégier « Marche ! », par exemple. Il s’agit aussi de donner aux enfants des stratégies pour patienter. Par exemple, poser délicatement leur main sur leur épaule au lieu de les interrompre.

Enfin, en cas de désordre, les enseignantes ont pour consigne de ne pas s’énerver, mais de rassembler le groupe en douceur.

5. Les pratiques clés de la réussite des enfants

Céline Alvarez dispense une série de recommandations sur la manière d’aborder le quotidien de la classe, afin de stimuler l’envie et les compétences exécutives des enfants. D’abord, leur proposer de prendre une part active aux tâches pratiques de la vie en collectif : arroser les plantes, nettoyer, coudre, tailler des crayons, servir à table, etc. Les enfants adorent se livrer à ces activités « comme les grands ». Ensuite, veiller à leur proposer des activités qui mettent leur intelligence au défi et qui font sens. « Une activité est adaptée au niveau de l’enfant lorsqu’il a envie de la faire mais qu’il n’y arrive pas encore », estime l’auteure (p.48).

Dans tous les cas, il faut aider les enfants à persévérer, à finir l’activité. Et, s’ils se trompent, accueillir l’erreur. « L’erreur ne fait pas seulement partie intégrante du processus d’apprentissage, elle en est la condition : il faut se tromper pour apprendre » (p.26). Il faut aussi féliciter l’effort et la persévérance plutôt que le résultat : une telle attitude génère des réactions de soutien et d’entraide entre les enfants, alors que féliciter le résultat peut entraîner l’exact inverse, la compétition.

Autre conseil : insuffler, aussi souvent que possible, du ludique dans les apprentissages. Par exemple, les « petits secrets », des mots courts et simples à déchiffrer au tableau et renvoyant à des objets que les enfants doivent aller chercher dans la classe. Les jeux de société, qui sollicitent fortement les fonctions exécutives des enfants, peuvent aussi être mis à contribution pour introduire, sans en avoir l’air, de nombreuses notions fondamentales. Tout comme les puzzles, ainsi que les jeux de construction et activités manuelles (modelage, perles en bois, poinçonnage, coloriages, peinture, dessin, origami…).

6. Savoir rebondir en permanence et surmonter le découragement

Pour les enseignants engagés dans l’expérimentation, l’année a plus tenu des montagnes russes que du long fleuve tranquille. Les phases de réussite, où les enfants semblent métamorphosés par les nouveautés proposées et où l’atmosphère est studieuse et apaisée, sont suivies d’autres, bien plus pénibles, où ils ne s’intéressent plus à rien, s’agitent, se disputent et multiplient les bêtises. Pas de panique : rien n’est plus normal, selon Céline Alvarez. « Si ce moment est accueilli et compris, chaque grand désordre précédera un nouvel état d’ordre, plus profond, plus stable, plus serein » (p.102).

Sur un plan pédagogique, il convient alors d’aider les enfants à persévérer, à s’entraider, à focaliser leur attention. Des activités plus stimulantes doivent être trouvées. Il s’agit aussi d’agir sur l’environnement matériel, de le réajuster, de trouver du mobilier adapté. De prévoir des tapis de sol plus larges, d’augmenter le nombre de postes des activités les plus prisées… Ayant remarqué qu’un certain nombre d’enfants partaient jouer dans le couloir, Céline Alvarez a pris l’initiative de réunir les deux salles de classe de maternelle, en laissant la porte ouverte. Cela a permis de profiter d’une plus grande superficie et d’augmenter la variété d’activités en supprimant les doublons. Tout en générant davantage d’interactions, d’entraide et d’empathie entre les enfants.

La pédagogue est très claire : s’engager dans une telle restructuration intérieure va être, pendant plusieurs mois, harassant pour les encadrants. « Nous ne sommes, à ce stade, plus dans l’éducation. Nous faisons de la rééducation », prévient-elle (p.128). Le succès ne viendra qu’à force de répétitions et de rigueur. Dans ce tunnel, il est fondamental de s’épauler mutuellement entre collègues. Et/ou d’avoir le soutien d’un enseignant, d’un conseiller pédagogique, qui se tient disponible pour soutenir les inévitables baisses de moral.

7. Des enfants métamorphosés positivement, sur le plan scolaire comme psychologique

Après plusieurs mois passés à construire leur autonomie et à s’engager dans des activités qui les mettent au défi, les enfants sont métamorphosés. Ils ont développé de meilleures fonctions exécutives : beaucoup sont entrés naturellement dans la lecture, bien plus tôt que ce que prévoyaient les programmes scolaires. Ce qui s’est accompagné d’une hausse importante de leur niveau de culture générale, en sciences ou en géographie par exemple. Leurs capacités en calcul ont fait un bond tout aussi spectaculaire : certains, à six ans à peine, ont déjà intégré le principe des multiplications…

L’effet positif touche aussi à leur comportement individuel. Ils sont plus calmes, plus indépendants, plus persévérants, plus attentifs, et ont développé une empathie et un esprit de camaraderie étonnants. Des attitudes positives qu’ils reproduisent à la maison, à l’heureuse surprise de leurs parents. Tous – même ceux qui étaient naguère les plus taciturnes et les plus réfractaires au système scolaire – y parlent beaucoup de ce qu’ils font à l’école et se languissent d’y retourner.

Pour les enseignants comme pour les parents, le ravissement est total : « Le 5 novembre 2018 a été un tournant dans ma vie : j’ai repris goût à l’enseignement, à la vie de classe avec ces petits bouts qui me sont confiés », témoigne ainsi l’une des institutrices (p.89). Céline Alvarez a gagné son pari : la joie est devenue la principale boussole des trois classes pilotes.

8. Conclusion

Ce nouveau regard posé sur les enfants par les enseignants a permis à chacun de grandir. Remettant, une fois encore, en question les choix faits par les systèmes scolaires classiques, et notamment en France, fondés sur des programmes rigides et essentiellement théoriques et sur des enseignements globalisés. Où la manipulation libre et la culture de l’entraide restent minoritaires.

Et où le déterminisme social est de plus en plus écrasant. Et où, depuis 20 ans, on déplore une baisse systématique des performances en mathématiques et en lecture chez les enfants dans les classements internationaux. « Nous n’avons pas besoin d’une évolution, mais d’une révolution – de fond en comble », conclut Céline Alvarez (p.7).

9. Zone critique

Pour la deuxième fois consécutive, et dans un contexte similaire – quartiers prioritaires, avec des élèves issus de familles parfois non francophones et souvent à fortes difficultés sociales –, Céline Alvarez fait mouche. Un récit très vivant, étayé de nombreux témoignages d’enseignants et de parents, ainsi que de photos, qui nous fait revivre aux premières loges l’expérimentation belge. Et mieux comprendre pourquoi, depuis 2011, la méthode Alvarez a énormément fait bouger les choses au sein du système éducatif français.

À la faveur des initiatives de centaines d’enseignants, entraînés par la pédagogue, la méthode Montessori est enfin sortie du secteur privé hors contrat et a fait son entrée à la maternelle publique. Céline Alvarez a aussi le mérite d’avoir mis sur le devant de la scène les apports des neurosciences et de la pédagogie positive dans les apprentissages précoces.

10. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– Céline Alvarez, Une année pour tout changer et permettre à l’enfant de se révéler, Paris, Les Arènes, 2019.

De la même autrice– Les Lois naturelles de l’enfant. La révolution de l’éducation, Paris, Les Arènes, 2016.

Autres pistes– Catherine Gueguen, Heureux d’apprendre à l’école. Comment les neurosciences affectives et sociales peuvent changer l’éducation, Paris, Les Arènes, 2018.– Marguerite Monin, La Pédagogie Montessori en maternelle. Pour une pratique à l’école publique, Paris, ESF Sciences Humaines, 2017.– Maria Montessori, Le Manuel pratique de la méthode Montessori, Paris, Desclée De Brouwer, 2016.– Stanislas Dehaene (dir.), Apprendre à lire. Des sciences cognitives à la salle de classe, Paris, Odile Jacob, 2011.

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