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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

Je médite jour après jour

de Christophe André

récension rédigée parCatherine Merle

Synopsis

Développement personnel

Je médite jour après jour est un manuel pour apprendre à vivre en pleine conscience. Dans ce guide de poche, Christophe André initie ceux qui souhaitent découvrir ou approfondir la pratique de la méditation. À travers vingt-cinq leçons, le psychiatre propose une méthode du vivre mieux : apprendre à respirer, à profiter du temps présent, apprendre à accepter, à vivre dans le calme et la sérénité... En pleine conscience de soi et du monde.

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1. Introduction

La pleine conscience est une forme de méditation accessible à tous. Elle est facile à aborder, mais difficile à maîtriser et demande une pratique assidue.

Méditer, nous dit Christophe André, c'est d'abord s'extraire un instant de l'agitation du monde extérieur pour mieux observer notre tumulte intérieur. Méditer, c'est apprendre à éprouver ces mondes, à les observer et à les accepter. Progressivement, le méditant y verra plus clair. Il créera un espace pour se « voir faire ». Alors, il existera en pleine conscience. S'arrêter, ressentir, accueillir. Pour l'auteur, il s'agit d'une question de vie ou de mort. La lumière de la pleine conscience permet de mieux habiter la vie et de mieux côtoyer la mort. Elle permet de vivre plus sereinement l'instant présent, de le savourer en toute lucidité et d'en accepter le cours avec émerveillement.

L'auteur présente vingt-cinq leçons de méditation, organisées en quatre grandes parties. Il aborde la pleine conscience d'abord comme une attitude mentale puis comme une philosophie de vie, où il s'agit d'apprendre à respirer ou à sentir son corps, aussi bien qu'à affûter son esprit et à percevoir l'essentiel.

Cela lui permet d'introduire les notions de lâcher-prise. L'acceptation des blessures permet l'accession au bonheur, entre extension et dissolution de soi selon les concepts bouddhistes. La toute dernière leçon constitue un cahier de conseils pratiques à destination du lecteur, que celui-ci peut compléter. L'auteur nous tend alors la main et nous encourage à embarquer dans l'aventure.

2. Une thérapie du quotidien

Selon Christophe André, nous vivons aujourd'hui à une époque qui privilégie la vitesse et l'action et où, par conséquent, la méditation s'impose.

Elle nous permet de retrouver une certaine sérénité intérieure, mise à mal par nos sociétés contemporaines. La pratique de la pleine conscience vise ainsi à échapper au « trop » qui semble être le mot d'ordre de nos modes de vie : trop de musique, trop d'images, trop d'écrans, trop de sollicitations venant de l'extérieur. Tellement trop que nous nous déconnectons de nous-mêmes. Méditer permet de se retrouver, de se reconnecter à notre essence, à notre humanité.

C'est pour cette raison que l'auteur invite en premier lieu à aborder notre quotidien d'une autre façon. Comme l'indique le titre de l'ouvrage, « jour après jour », méditer ne renvoie pas à une pratique à laquelle on réserverait son mercredi après-midi comme pour une séance de sport. Il s'agit au contraire d'une véritable philosophie de l'existence qui transforme notre quotidien.

La pleine conscience représente une manière de vivre autrement. Elle concerne tout ce qui peut, de prime abord, paraître banal. Manger, travailler, boire un café, attendre le bus, rencontrer un ami... tout peut se vivre différemment, par le biais de la pleine conscience.

Pour justifier un tel point de vue, l'auteur en appelle à notre expérience et nous raconte la sienne. Nous faisons tous l'expérience de la frustration, lorsque quelque chose ne se passe pas conformément à nos attentes, de la colère ou de la tristesse lorsqu'un malheur nous arrive, ou encore de l'impatience quand nous devons attendre.

En guise d'exemple, Christophe André nous raconte le souvenir de l'attente d'un train, attente ennuyée sur le quai d'une gare, qu'il a pu transformer en précieuse expérience de méditation grâce à la pleine conscience. À l'impatience et à l'ennui s'est substitué le bonheur de parvenir à savourer l'instant présent.

3. Affûter son esprit ou entraîner son corps ?

Du traditionnel dualisme corps / esprit, Christophe André prend ses distances.

Dans la pleine conscience, il s'agit autant d'exercer son esprit que son corps, l'un et l'autre fonctionnant ensemble. La pratique de la méditation engage les sensations comme les sentiments, les éprouvés comme les ressentis. Le travail méditatif consiste à prendre conscience, mais cette prise de conscience concerne tout autant les sens que les idées.

C'est une attitude mentale qui engage tout le corps de celui qui pratique. Les sens sont mis à contribution et s'organisent autour de quelques axes essentiels : la respiration, les sensations corporelles, la vue, l'attention et l'action. Ce dernier point semble tout à fait essentiel pour l'auteur qui place au centre de ses leçons la compréhension de l'agir.

Agir et ne pas agir. Dans un premier temps, Christophe André propose de réfléchir sur l'importance accordée de nos jours à l'action. « Faire » constitue une injonction qui nous empêche de penser. L'action incessante pollue le rapport à soi et au monde. On fait les choses sans se regarder faire. C'est-à-dire que nos actions ressemblent davantage à une fuite incessante plutôt qu'à une inscription de nous-mêmes dans le quotidien.

L'auteur insiste sur la nécessité de ne pas agir et de s'autoriser à une pause entre deux actions. Puis il propose de se rendre présent à l'acte en cours. Il s'agit alors moins de ne rien faire que de faire mieux, avec recul. Ainsi, le psychiatre invite le lecteur à prendre conscience par exemple de ce qu'il est en train de lire et de ce qui constitue simultanément son environnement : les sons proches et lointains ou la sensation de l'air et de la lumière, ainsi que le vécu de notre corps s'inscrivant dans cet environnement.

4. Nécessaires acceptations

Ces pratiques méditatives de pleine conscience s'avèrent plus complexes qu'elles n'y paraissent de prime abord. S'arrêter de faire quelque chose pour échapper à l'injonction de l'action exige de résister à toute une série d'envies (prendre son portable, regarder un film en mangeant, penser à son travail sous la douche...). Ces envies parasites surgissent pour éviter la confrontation à soi-même. Résister à l'envie de faire plusieurs choses en même temps, ou de faire tout court, dévoile un rapport problématique à soi-même.

La pratique de la méditation se confronte rapidement à ces obstacles en dedans de nous-mêmes que l'auteur nomme notre « tumulte » intérieur. Autrement dit, un chaos que la pleine conscience se propose d'apaiser. Comment ? En acceptant les blessures et la contingence.

À « blessure », nous pouvons ici donner un sens large, englobant les sentiments et les événements qui parasitent le rapport à soi : tristesse, colère, déception, deuil, manque de confiance en soi...

Christophe André met en garde contre la tentation de pousser ces parasites de côté. C'est justement en s'y confrontant, en les laissant nous traverser pleinement, que nous en diminuerons l'impact. S'observer faire revient ici à s'observer éprouver. Accueillir les peines plutôt que les rejeter. Nos douleurs et nos souffrances tendent à nous étouffer et à nous obséder. La méditation permet de les observer d'un œil neuf afin de les rendre moins pesantes.

Des recherches ont montré que les méditants zen, pratique proche de celle de la pleine conscience, résistent mieux à la douleur que le commun des mortels. Le psychiatre nous raconte que lui-même, un jour qu'il attaquait une méditation sur son banc, fut pris d'une crampe fulgurante au pied gauche. Contrecarrant l'envie de changer aussitôt de position afin de faire passer la douleur, il focalisa son attention sur les sensations qui l'assaillaient, les détailla. En moins d'une minute, la crampe s'était volatilisée.

5. Une mystique laïque empreinte de spiritualité

La seconde clé pour apaiser notre tumulte intérieur consiste à prendre pleinement conscience de la contingence de notre existence et à l'accepter en toute humilité.

En effet, l'ego et l'orgueil nous empêchent de prendre la mesure de notre échelle d'être humain, qui s'inscrit dans un vivre ensemble. D'autres vivaient avant moi, d'autres vivront après moi. Cette humilité s'allie aux mystères de la vie : il y a quantité de questions qui resteront sans réponse. Accepter de ne pas comprendre, accepter d'être impuissants, accepter d'être perdus... l'acceptation de la contingence et du mystère constitue non pas une frustration, mais un apaisement pour nos vies.

Afin d'illustrer la richesse de cet apaisement, l'auteur cite les trois capacités négatives énoncées par le poète anglais John Keats : « Plusieurs choses s'emboîtèrent dans mon esprit et, à l'instant, je fus frappé par la qualité qui contribue à former un homme accompli (…) lorsqu'un homme est capable d'être dans l'incertitude, les mystères, les doutes, sans courir avec irritation après le fait et la raison. » (p.208). Ces capacités négatives renvoient pour lui à une forme de maturité psychologique. Cette maturité, la pleine conscience permet d'y accéder.

Ne pas fuir devant l'inconnu, devant ce qui nous dépasse, mais au contraire s'y exposer en pleine conscience. Nous trouvons là en fait la définition de la spiritualité. La spiritualité, c'est le lieu de notre esprit confronté à l'inconnu, et surtout, à l'absolu. Le psychiatre rappelle que dans la foi catholique, la contemplation suppose « la paix et la pureté du cœur ». Il traduit ces termes par « le calme et le non-jugement » dans le vocabulaire de la pleine conscience. Ainsi, cette dernière renvoie à une certaine mystique laïque, où l'on cherche à s'imprégner d'un absolu inconnu.

6. La méditation et le bouddhisme

La contemplation atteinte par la pratique méditative revêt une forme de mystique laïque qui s'apparente au bouddhisme.

Dans l'un comme dans l'autre, les moments de grâce surviennent souvent lorsque l'on ne s'y attend pas et découlent d'une vraie présence au réel. Loin du cliché qui voudrait que l'on médite assis au sommet de l'Himalaya, il s'agit d'invoquer la pleine conscience au sein des sensations quotidiennes, à la recherche d'extases et d'entases. L'extase renvoie à une sortie de soi, vers l'inconnu, quand l'entase renvoie à une chute en soi-même, où l'on se redécouvre.

Ces mouvements rappellent l'expérience bouddhique de l'extension et de la dissolution de soi.

L'auteur reprend le terme de nirvana, représentant la quête bouddhiste de la disparition de l'ego. Cette disparition de l'ego ne se définit pas par une disparition de soi, mais plutôt par une véritable extension de soi dans le monde, comme un grain de sable dans l'océan. Disparaître nous semble désagréable, mais faire partie intégrante du monde nous semble en revanche plus attirant. L'intégration de soi dans l'univers constitue l'une des possibles libérations offertes par le bouddhisme comme par la pleine conscience.

Notre être se trouve alors appartenant à un tout, formant ce que l'auteur nomme une « extelligence », soit une fusion des intelligences individuelles. Cette fusion est une forme d'amour sur lequel il est capital, pour Christophe André, de méditer. Il explique par ce biais que les bouddhistes pratiquent « l'amour altruiste » au travers de quatre pratiques méditatives : les méditations d'amours bienveillants, de compassion, de joie altruiste et enfin, d'équanimité. Ces pratiques, préludes à l'action, partent du principe que si un humain souffre moins, il fera moins souffrir les autres. Sans amour, on sombre dans la folie et la maladie.

Pour le psychiatre, l'amour est en effet une dimension essentielle de notre humanité, qui contient un pouvoir formidable et qui permet de faire doucement émerger le bonheur.

7. Conclusion

Christophe André écrit élégamment l'introduction de son livre à la main et insère entre chaque partie des visuels, l'étoffe d'une robe ou la courbure d'une fleur, qui illustrent bien son propos : la beauté du monde se trouve là où on ne la cherche pas, dans ces détails tout proches de nous. La pleine conscience propose de nous apprendre à stopper un instant le cours effréné de nos vies pour regarder cette beauté, synonyme de calme et de paix intérieure.

Elle permet de redécouvrir le monde qui nous entoure en même temps que de se redécouvrir soi-même grâce à la pratique assidue de la méditation. Voir avec les yeux de l'esprit, sentir avec tout son corps, se rendre présent à l'action, respirer, espacer le faire et s'observer penser... c'est de cette façon, nous explique le psychiatre, que pourra s'apaiser le bouillonnement intérieur dont la maladie et la souffrance constituent les symptômes.

Alors progressivement, celui qui médite apprendra à vivre mieux, à vivre autrement, avec lucidité et sérénité : en pleine conscience.

8. Zone critique

Christophe André le précise lui-même dans sa bibliographie détaillée : si la méditation s'avère utile pour prévenir les rechutes, elle n'est pas suffisante pour traiter les maladies psychiques. Elle aide, mais ne soigne pas.

Le psychiatre anticipe ainsi la critique qu'on pourrait lui adresser, à savoir que si la méditation de la pleine conscience permet de vivre mieux, elle le permet surtout à ceux qui d'emblée ne présentent pas de fragilités psychiques trop importantes. En ce qui concerne la prévention des rechutes, l'auteur avance que les thérapies traditionnelles, telles que la psychanalyse, ne suffisent pas.

On pourrait ici lui reprocher de séparer des pratiques qui pourraient peut-être s'enrichir mutuellement. En théorie du moins, la psychanalyse permet de profiter d'un certain nombre des bénéfices ici atteints grâce à la méditation.

9. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé

– Je médite jour après jour, Paris, L'Iconoclaste, 2015.

Du même auteur

– Vivre heureux : psychologie du bonheur, Paris, Éd. Odile Jacob, 2003.– Imparfaits, libres et heureux, Paris, Éd. Odile Jacob, 2006.– Trois amis en quête de sagesse avec Matthieu Ricard et Alexandre Jollien, Paris, L'Iconoclaste-Allary Éditions, 2016.– La Vie intérieure, Paris, L'Iconoclaste, 2018.

Autres pistes

– Thich Nhat Hanh, La Vision profonde : De la pleine conscience à la contemplation intérieure, Albin Michel, 1995.– R. Panikkar, Le silence de Bouddha. Une introduction à l'athéisme religieux, Arles, Actes Sud, 2006.– M. Ricard, L'Art de la méditation, Paris, Nil, 2008. – Ilios Kotsou & Alexandre Heeren, Pleine conscience et acceptation : les thérapies de la troisième vague, Deboeck, 2011.

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