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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

Vivre heureux, psychologie du bonheur

de Christophe André

récension rédigée parAnne-Claire DuchossoyDoctorante en littérature française (Universités de Bordeaux Montaigne et Georg-August Göttingen).

Synopsis

Développement personnel

Dans cet ouvrage, Christophe André s’interroge sur cette question qui fâche et oppose les individus : le bonheur ! Mais qu’est-ce que le bonheur ? Comment y goûter ? Pourquoi beaucoup d’individus ont du mal à composer avec lui et aiment se réfugier dans le malheur ?

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1. Introduction

Grande question que le bonheur ! Il va sans dire que ce bonheur, dont il est question à longueur de temps, est l’une des préoccupations majeures des êtres humains. Il attire et effraie en même temps qu’il peut devenir une source de dispute, car certains le trouvent trop futile.

Grâce à un propos clair et accessible, Christophe André s’interroge sur ce qu’est le bonheur et comment y accéder. Le bonheur est-il possible ? Est-il palpable et accessible ? Il propose de comprendre les différentes facettes de ce bonheur et souhaite tout simplement lui redonner une légitimité. Il explique comment ne plus être malheureux, comment construire ce bonheur, le cultiver et le protéger. En s’appuyant sur des auteurs et philosophes, il donne ainsi des pistes utiles et ouvre les yeux de son lectorat.

2. Le bonheur : tentative de définition

L’auteur définit les âges du bonheur : l’enfance et le bonheur à l’état pur constituent un mythe, « une idéalisation a posteriori, ce que l’on nomme un biais de reconstruction » (p. 80). À l’adolescence, le bonheur n’est pas un domaine qui intéresse. À l’âge adulte, par contre, les questions autour de ce bonheur se font plus pressantes. Si la vieillesse était, auparavant, l’âge des renoncements, désormais, c’est une période où le bonheur doit être plus présent, les émotions plus stabilisées qu’auparavant. Au fil des siècles, la réception du bonheur a changé. Pour le christianisme, le bonheur vient de Dieu et existe dans l’au-delà. Par conséquent, les individus n’ont pas à le chercher sur terre.

Au XVIIIe siècle, siècle des Lumières marqué par une réflexion philosophique riche et par une révolution, le bonheur devient « une valeur quasi obsessionnelle » (p. 72), car la religion et la morale imposent moins de contraintes. Au XIXe siècle, le courant romantique donne de l’importance au spleen et au malheur. Depuis le XXe siècle, le bonheur a une place centrale.

Il existe des états psychologiques agréables voisins du bonheur comme le sont la satisfaction, le plaisir, la joie, la béatitude. Même si ces états sont satisfaisants et peuvent à bien des égards se rapprocher du bonheur, ils ne sont en général que des états partiels. Par exemple, le plaisir va contenter un sens ou un organe alors que le bonheur est une globalité. La joie est certes une composante du bonheur, mais c’est plus une réaction à un événement particulier qu’un sentiment de plénitude total.

Les situations du bonheur désignent « les instants, à la fois ordinaires et délicieux, que nous offre notre quotidien » (p. 25) : les moments d’échanges avec les autres, les moments de communion avec la nature ou l’art, les sensations physiques ou gastronomiques ou encore les moments de réalisation dans une activité sont favorables au bonheur. L’émotion du bonheur est une perception physique ou psychologique qui nous fait nous sentir heureux. L’émotion n’étant pas volontaire, il est difficile d’en contrôler sa venue, même s’il est possible de choisir de l’exprimer, c’est-à-dire de la vivre pleinement.

La construction du bonheur, quant à elle, « n’est plus un phénomène passif : être dans des situations agréables et s’y montrer réceptif, mais un phénomène actif : les rechercher, les susciter, en amplifier l’impact et la durée » (p. 27). Le bonheur n’est plus un état offert par le destin, mais plutôt quelque chose que nous pouvons construire. Les visions du bonheur sont le regard que nous portons sur la vie et sur le bonheur : « estimer que le bonheur est possible ou que sa vie est heureuse relève par contre du jugement, on pourrait même dire de la conviction : c’est une vision du monde, subjective et personnelle » (p. 29).

Accorder de l’importance ou non à telle ou telle situation, être aveugle devant des situations heureuses ou au contraire s’en nourrir de façon durable, c’est tout cela la vision du bonheur ! C’est finalement un sentiment très particulier de bien-être. La prise de conscience de cet état est nécessaire à la transformation de ce sentiment en un statut plus intense et durable.

3. Il est où le bonheur ?

Le bonheur se trouve dans le lien, car l’homme est un être social. Il y a d’une part le couple pour lequel deux conditions sont nécessaires pour que ce soit synonyme de bonheur : l’égalité (réciprocité et respect mutuel) et l’intimité (sexualité, discussions, projets et loisirs en commun) : « ces deux conditions sont indispensables pour que le couple ajoute au bonheur que chacun des conjoints est capable d’atteindre seul » (p. 113). L’une des causes des divorces est le fait que les attentes de bonheur dans le couple ne sont pas comblées. Tomber amoureux se rapproche plus du bonheur-émotion que du bonheur-construction, car l’amour ne suffit pas.

Beaucoup de gens s’aiment, mais ne savent pas vivre ensemble. Il y a aussi les enfants qui « n’apportent de bonheur durable qu’aux parents déjà capables d’être heureux par eux-mêmes » (p. 116), car il ne faut pas faire porter sur les épaules de son enfant la mission de rendre les parents heureux. Et bien entendu, il y a les amis qui sont la source principale d’émotions positives, car on les voit « pour pratiquer avec eux des activités agréables, sans contraintes de cohabitation durable ou de concessions excessives aux égos des uns et des autres » (p. 119).

Le bonheur se trouve également dans l’action, le travail comme les loisirs. S’il y a un lien entre bonheur et satisfaction au travail, c’est en fait la satisfaction globale de sa vie qui influence la satisfaction au travail. Mais ce qui a le plus de poids, ce sont les relations que l’on a avec ses collègues. Un professeur de l’University de Chicago a inventé la théorie du flow, « cet état de concentration et de maîtrise jubilatoire d’une activité qui nous passionne, dans laquelle on est profondément absorbé jusqu’à oublier le temps qui passe, et qui nourrit et satisfait totalement » (p. 124). Mais attention, l’hyperactivité est une entrave au bonheur, car souvent liée à l’anxiété, au perfectionnisme ou encore à l’hypercontrôle. Il faut qu’il y ait un bon équilibre entre action et repos.

Attention aux promesses de bonheur sur commande. L’argent fait-il le bonheur ? « Il semble en fait que l’argent augmente le bonheur des plus pauvres, jusqu’à un certain seuil, selon ce que l’on nomme un effet plateau » (p. 92). On parle de SMIB (Seuil Minimum d’Induction du Bonheur). Se trouver au-dessous du seuil de pauvreté est un véritable frein au bonheur, même si l’atteindre ou être au-dessus n’en est pas un gage pour autant. Les industriels et publicitaires jouent sur la carte du bonheur pour vendre leurs produits : « vous pouvez accéder facilement et rapidement au bonheur par l’achat, la possession et la jouissance de biens matériels » (p. 96). Pour avoir un rapport sain avec les biens matériels, il faut se poser trois questions : avons-nous besoin de cela ? Quel vide sommes-nous en train de combler ? Est-ce que je peux remplacer cet achat par autre chose ? Il ne faut pas perdre le sens des bonheurs naturels et immatériels.

À ce propos, beaucoup de philosophes pensaient que l’éloignement de la nature était la première cause de malheur. Cette dernière est en effet souvent source de plénitude. Accumuler les diplômes dans le but d’être heureux ne sert à rien selon Christophe André, tout comme l’appartenance à une classe sociale n’a pas d’incidence sur le bonheur. Et c’est la même chose pour l’argent, ça n’en donne pas plus ni n’en fait perdre. Les études menées ont également prouvé que l’intelligence ne rendait pas heureux. Pour terminer, être satisfait de son apparence influence l’estime de soi et donc le bien-être. Une étude a également montré que les personnes aux physiques plaisants ont un a priori plus favorable de la part des tiers. Mais tout cela n’est pas obligatoirement une promesse de bonheur, surtout lorsque le temps passe.

4. Appréhender le bonheur

Il est finalement souvent plus facile de parler du malheur que du bonheur. Pour certains spécialistes, il existe une peur du bonheur. L’auteur le résume par cette chanson de Gainsbourg : « Fuir le bonheur de peur qu’il se sauve », car les individus ont souvent conscience de la brièveté des moments de bonheur, et puis, par habitude du malheur, ou encore par superstition et par interdits culturels, ont du mal à assumer un bonheur. Certains vont jusqu’à avoir un goût du malheur, un peu par masochisme. Bien entendu qu’il n’est jamais évident de faire face au vrai malheur (ruine, maladie, décès…).

Mais le temps fait son chemin, et petit à petit le bonheur redevient possible. Il n’existe pas d’unité de mesure pour quantifier le bonheur. Il est impossible scientifiquement de le mesurer. Les enquêtes montrent que les individus sont globalement heureux, mais nous ne sommes pas certains que cela traduise la vérité. Soit les gens n’osent pas dire la vérité lors d’un sondage, soit, au contraire, s’ils ont l’air de râler et de se plaindre, ils ne sont finalement pas si malheureux que ça.

Ce qu’il faut saisir, c’est qu’il existe tout de même trois bases pour le bonheur : biologie, psychologie et société. La biologie concerne les prédispositions héréditaires et les perturbations des neurotransmetteurs. La psychologie concerne la trajectoire personnelle, et la sociologie concerne les pressions sociales de la culture et de l’époque. Ces trois dimensions doivent être activées pour atteindre la plénitude du bonheur. Il existe en effet une prédisposition au bonheur : c’est avoir un tempérament heureux. La bonne humeur est l’état émotionnel qui influence la vision que l’on peut avoir du quotidien. Ceux qui ne sont pas doués pour ça peuvent le devenir en travaillant sur eux ou grâce à une thérapie. Les parents peuvent, pour commencer, apprendre et montrer le bonheur à leurs enfants.

5. L'accès au bonheur

La neuropsychologie a montré que les événements de la vie s’impriment dans le cortex préfrontral et influencent le devenir. Il faut donc procurer aux enfants le plus de moments heureux possible. Les trois manières d’ouvrir cette route du bonheur sont de les aimer (une carence en amour peut avoir des conséquences néfastes sur le développement de l’enfant et donc sur le bonheur), de leur montrer l’exemple du bonheur pour les influencer dans le bon sens, et, enfin, de leur en parler et répondre à leurs questionnements.

Dans la vie de tous les jours, il est important de faire attention à nos réactions face aux petites sources de stress, aux problèmes. Les parents doivent se réjouir, se détendre et savourer les instants de loisirs et de plaisir. Ils peuvent exprimer de façon claire qu’ils savourent ces moments-là, au lieu de n’exprimer que les émotions négatives.

Les conditions psychologiques au bonheur sont les suivantes :

- l’acceptation et l’estime de soi : avoir conscience de ses qualités, mais également accepter ses défauts et ses limites ;- des relations positives aux autres : l’amitié s’entretient, il ne faut pas attendre que ce soit les autres qui fassent. De plus, toutes les relations, des plus superficielles aux plus profondes, sont importantes : « Parler de la pluie et du beau temps avec des voisins ou des commerçants, refaire le monde avec notre meilleur(e) ami(e) » (p. 140) ;- l’autonomie : Il est important de ne pas faire dépendre son bonheur des autres ou bien même encore d’un statut social ou de biens matériels ;- un sentiment de contrôle sur son environnement permet également de résister au stress et par conséquent de se sentir heureux ;- des buts dans l’existence : des objectifs que l’on mène avec envie et enthousiasme ;- le développement personnel pour enrichir et approfondir son bien-être psychique : lire des ouvrages spécialisés, méditer…

6. La vision du bonheur

Deux visions sur le rapport au bonheur existent. Le bottom-up : le bonheur part du bas, c’est-à-dire provient de certaines conditions que sont l’argent, les amis, la santé. Le top-down : le bonheur part d’en haut, c’est-à-dire qu’il ne peut exister qu’à condition que nous ayons des dispositions psychologiques et mentales qui permettent de profiter et d’apprécier ce que nous avons et ce qui nous arrive.

Même s’il est plus politiquement correct de dire que les conditions matérielles ne doivent pas avoir d’influence sur le bonheur, « la conviction scientifique est qu’il en dépend tout de même partiellement, sauf talents exceptionnels de la personne pour ignorer sa condition matérielle physique et sociale » (p. 147). L’auteur conclut que les deux modèles, top-down et bottom-up, sont nécessaires au bonheur.

Ce qu’il est important de saisir, c’est qu’il n’y a pas de bonheur taille unique, de modèle de bonheur. Mais les quatre visages ou chemins vers le bonheur sont ceux-ci : - le bonheur d’action : le fait de participer à des événements avec autrui permet de ressentir de la plénitude, c’est certes un bonheur d’action, mais également un bonheur de lien et de partage.- le bonheur de satisfaction et d’aboutissement : lorsque des objectifs sont atteints. - le bonheur de maîtrise : qui est un bonheur « d’intériorisation, un bonheur centré sur lui-même et ses propres sensations : lire, jouer de la musique, pratiquer un sport, bricoler, et même travailler… » (p. 151)- le bonheur de sérénité : prendre du recul et de la distance avec le monde.

Mais attention aux dérapages et dérives ! Pousser l’un de ces bonheurs à son extrême entraînerait superficialité, matérialisme, insatisfaction, dépendance au travail, égoïsme, ou encore passivité et fatalisme. Variété et équilibre, voilà le secret ! Il faut mettre de côté toutes les idées préconçues qui existent sur le bonheur.

Petit florilège : la recherche du bonheur serait un péché, le bonheur rendrait mou et médiocre, le bonheur rendrait égoïste, le bonheur rendrait anxieux et malheureux, l’idée de bonheur serait vaine, trompeuse et mensongère, le bonheur serait devenu un objet marketing, le bonheur serait le nouvel opium du peuple, pire, il serait vulgaire.

Oublions tout cela, et au contraire cultivons-le et protégeons-le ! Il faut faire quelques efforts pour être heureux, savourer toutes les formes de bonheur (être, avoir, faire, appartenir), ne pas se laisser entraîner par le pessimisme ou la morosité. « Les instants de bonheur sont du bonheur à part entière. Encore faut-il que nous en soyons conscients et que nous sachions ouvrir les yeux sur eux, pour transformer des instants bénins en moments de conscience heureuse » (p. 276) !

7. Conclusion

Quelle vaste question que le bonheur ! Est-il facile ou difficile d’accès ? Une fois les tentatives de définition faites, il est possible de comprendre ce qu’est ce bonheur tant rêvé et tant attendu.

De son état psychologique à ses conditions matérielles, de sa vision de la vie aux efforts pour le construire, le bonheur est peut-être plus palpable qu’il en a l’air…

8. Zone critique

Christophe André ouvre la voie du bonheur grâce à des propos clairs et des exemples pris dans la philosophie, la littérature et la vie quotidienne.

Tout comme Alexandre Jollien ou encore Tal Ben-Shahar, l’auteur sait rendre les concepts accessibles à son lectorat.

9. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– Vivre heureux, psychologie du bonheur, Paris, Odile Jacob, Coll. Psycho, 2004.

Du même auteur

– Vivre heureux : psychologie du bonheur, Paris, Odile Jacob, 2003.– Imparfaits, libres et heureux, Paris, Odile Jacob, 2006.– Les États d'âme : Un apprentissage de la sérénité, Paris, Odile Jacob, Coll. Psycho, 2011.– Je médite jour après jour, Paris, L'Iconoclaste, 2015.– Trois amis en quête de sagesse avec Matthieu Ricard et Alexandre Jollien, Paris, L'Iconoclaste-Allary Éditions, 2016.– La Vie intérieure, Paris, L'Iconoclaste, 2018.

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