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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

Vaincre la codépendance

de Melody Beattie

récension rédigée parAnna Bayard-RichezDocteure en Psychologie Clinique Interculturelle (Université d'Amiens).

Synopsis

Développement personnel

Ce best-seller outre-Atlantique reste peu connu et peu traduit en France. Melody Beattie y donne pourtant des clefs efficaces pour sortir de la codépendance et ainsi se libérer de l’emprise des autres. Que celle-ci s’exprime dans une relation à une personne dépendante, par un besoin de voler au secours de tout le monde, ou plus communément par le fait de se sentir responsable de tout face à ceux qui ne se sentent responsables de rien, Melody Beattie nous propose de retrouver notre liberté et de reconstruire des relations saines avec les autres.

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1. Introduction

Melody Beattie commence son ouvrage en illustrant par différents cas cliniques les aspects les plus spectaculaires de la codépendance, face à un proche alcoolique, un adolescent en crise ou un mari obsédé sexuel. Chaque fois, le proche codépendant se perd lui-même dans la problématique de l’autre, développant rancœur, colère ou besoin de contrôle.

Parfois, ce sont simplement les humeurs des autres qui prennent le dessus sur les émotions de la personne codépendante, au point que cette dernière va chercher à les contrôler en essayant de rendre l’autre heureux à tout prix, ou en se rendant responsable de son énervement.

Pour l’auteur, « l’individu codépendant est celui qui s’est laissé affecter par le comportement d’un autre individu, et qui se fait une obsession de contrôler le comportement de cette autre personne » (p. 51). Le codépendant réagit plus qu’il n’agit et ces comportements de codépendance deviennent de véritables habitudes. Certains acquièrent ces réflexes dès l’enfance face à un parent défaillant dont ils doivent prendre soin, d’autres à l’âge adulte, et beaucoup envisagent ces traits comme des attributs féminins souhaitables et valorisés par la société.

2. Les effets de la codépendance sur soi-même

Parce qu’ils ont de la difficulté à identifier leurs propres besoins, et s’efforcent avant tout de plaire à autrui, les codépendants disent souvent oui alors qu’ils pensent non. Ils s’indignent plus facilement des injustices faites aux autres que de celles qui leur sont faites à eux-mêmes. Ils ont l’impression de donner sans rien recevoir, se sentent désœuvrés en l’absence de problème et s’engagent à outrance.

Au fond de leur cœur, ils ont généralement le sentiment que d’autres sont responsables d’eux, et ils se sentent victimisés. Ils ont une image négative d’eux-mêmes et manquent de confiance. Ils adoptent des postures défensives quand ils se sentent attaqués. Ils refusent les louanges, mais dans le même temps souffrent du manque d’égards. Ils se sentent différents et coupables de s’accorder de l’attention. Ils redoutent également de commettre des erreurs.

Ils ont souvent été eux-mêmes victimes dans le passé, et il leur est difficile de s’affirmer et de prendre des décisions. Ils sont très exigeants avec eux-mêmes, et utilisent beaucoup de phrases telles que « je devrais » ou « il faudrait ». Ils essayent d’aider les autres plutôt que de vivre une vie qui à leurs yeux ne vaut pas vraiment la peine d’être vécue. Ils ne pensent en réalité pas mériter le bonheur et sont très pessimistes quant à leur avenir. Les codépendants présentent également une tendance au refoulement.

Ainsi, ils ont du mal à accepter leurs émotions, et ne s’autorisent pas à exprimer leur véritable personnalité ; ils peuvent donc paraître rigides. Ils présentent également des obsessions, se font du souci pour un rien, parlent beaucoup notamment de leurs inquiétudes pour les autres et en ont parfois des insomnies. Ils présentent souvent des comportements de dépendance, cherchant l’approbation, l’amour, le bonheur à l’extérieur d’eux-mêmes, et confondent amour et souffrance.

Toutes ces caractéristiques conduisent à un malaise général et profond, difficile à supporter, pouvant aller jusqu’à des idéations suicidaires, de la violence, de la dépendance aux substances, de la dépression, etc.

3. Les effets de la codépendance sur le rapport aux autres

Les codépendants présentent un investissement personnel mal dosé qui vient compliquer la relation à l’autre. Ainsi, ils se sentent responsables des sentiments ou du bien-être de ceux qui les entourent. Ils ressentent beaucoup de pitié ou d’anxiété face aux problèmes de leurs proches, se sentent de fait obligés de les aider, et se fâchent quand leur sollicitude n’est pas reconnue.

Ils vont au-devant des besoins des autres et attendent que les autres en fassent autant pour eux. Ils dirigent généralement toute leur énergie vers les problèmes d’autrui et se demandent alors pourquoi ils sont épuisés et n’arrivent jamais à rien pour eux-mêmes. Ils développent parfois une attitude dominatrice : par crainte d’être blessés par des gens incontrôlables, ils tentent de garder une certaine maîtrise sur leurs proches. Ils viennent le plus souvent de familles dysfonctionnelles, mais ne le reconnaissent pas forcément, et ont tendance à s’accuser de tout, y compris de leurs sentiments.

Les codépendants présentent aussi des attitudes de dénégation par lesquelles ils nient la gravité du problème ; ils ont tendance à croire aux mensonges des autres et se mentent à eux-mêmes sur leur besoin de contrôle. Ils se sentent parfois pris au piège dans leurs relations et en même temps redoutent d’être quittés. Ils présentent fréquemment des problèmes de communication usant de reproches et de menaces, ayant de la difficulté à expliquer le fond de leur pensée, ou à exprimer un non. Ils ont tendance aussi à se blâmer ou à mentir pour se protéger.

Ils ont de la difficulté à respecter les limites qu’ils posent et peuvent devenir intolérants, voire éprouver beaucoup de colère contre autrui, et s’en culpabiliser. Souvent la codépendance s’accompagne de problématiques sexuelles, autour de la notion de consentement et de leur désir : ils ont tendance à se forcer.

4. Le triangle tragique de Karpman

Le triangle de Karpman, décrit un schéma de comportement commun à tous les codépendants. Dans ce schéma, le sauveteur ou le garde-malade prend en charge la victime, ou la victime imaginée, qui n’a de fait aucune raison de changer, puisque celui-ci fera à sa place. Le sauveteur se sent indispensable et fait donc pour l’autre des choses qu’il n’a au fond pas envie de prendre en charge, ce qu’il finit par reprocher à la victime. La victime attend du sauveteur qu’il prenne l’initiative, mais quand il l’aura prise, celui-ci deviendra presque automatiquement persécuteur.

Comme le sauveteur se sacrifie, il a tendance à attendre de l’autre de la reconnaissance en retour. Si celle-ci ne vient pas, un changement d’humeur va s’opérer : le sauveteur va reprocher à la victime de ne pas se prendre en main par exemple, et se mettre ainsi rapidement dans le rôle de persécuteur. C’est ce qu’attend la victime pour se retourner contre le sauveteur/persécuteur, et elle devient alors elle-même persécuteur, rendant de fait l’autre également victime.

C’est en cela que le triangle de Karpman est tragique, puisque les rôles glissent et que chacun est le persécuteur de l’autre tout en s’apitoyant sur lui-même. Le renversement qui le caractérise peut se faire tout autant en quelques secondes qu’après plusieurs années, sous un angle spécifique. Le triangle tragique entretient la haine de soi et fait obstacle à l’empathie ; il se nourrit de l’auto-dépréciation du sauveteur, qui tente de se valoriser dans l’aide qu’il impose à la victime, mais aussi de la mauvaise image qu’il a de la victime, qu’il juge irresponsable et incapable.

5. Le respect de soi-même

Le respect de soi-même peut s’exprimer au travers d’une multitude d’attitudes et de comportements. Mais chez le codépendant, l’incapacité au détachement est souvent à la source du non-respect de ses propres besoins. Il ne s’agit pas ici de se détacher de la personne aimée, mais bien de l’obsession qu’on lui porte au travers du contrôle ou du besoin de l’aider.

Certaines personnes sont tellement obnubilées qu’elles en deviennent des coquilles vides, épuisant toute leur énergie dans des problèmes qu’elles n’ont pas à résoudre. Pour Melody Beattie, se détacher, ce n’est pas se désintéresser de l’autre, c’est laisser à chacun la liberté d’être responsable de lui-même, tout en l’assurant de notre sollicitude et de notre amour, mais sans le prendre en charge.

Cela requiert de vivre dans l’instant présent et non dans les regrets ou dans la crainte du futur. Il s’agit également de cesser de réagir, de prendre le temps de la réflexion et de ne pas considérer les comportements d’autrui (négatifs, ou de rejet) comme le reflet de notre valeur. Le rejet ne doit pas empêcher d’exister ; il peut nous amener à changer nos comportements mais ne doit pas entraîner un rejet de nous-même.

D’une manière générale, Melody Beattie conseille de ne pas prendre les choses pour soi et de se libérer. Cette libération de soi-même demande de renoncer au contrôle, qu’il prenne la forme d’une contrainte, de chantage ou même de victimisation. En réalité, pour l’auteur, ce contrôle de l’autre nous emprisonne et nous empêche de vivre notre propre vie.

6. L’art de prendre soin de soi

La plupart des codépendants se déprécient, au point que certains se vouent une véritable haine. C’est cette dévalorisation de soi qui provoque des comportements de codépendance : ils se jugent durement, indignes d’être aimés et font alors tout ce qui est en leur pouvoir pour aider les autres, se rendre indispensables et mériter leur amour. Si le codépendant cesse de s’auto-déprécier et s’accorde le droit d’être aimé, il sera en mesure de rompre les patterns intrusifs de codépendance qui l’amènent à chercher le contrôle de l’autre.

L’acceptation de la réalité présente est également une étape importante pour le codépendant. Il ne s’agit pas ici de se résigner et de tirer un trait sur l’avenir, mais plutôt de s’accepter soi-même et d’accepter les autres tels qu’ils sont. C’est à cette condition qu’il pourra prendre la responsabilité de son environnement en changeant ce qui peut être changé et en abandonnant ce qui n’est pas de son ressort. Mais accepter de tels changements demande à l’individu de traverser les différentes phases du deuil.

Tout d’abord une phase de dénégation, qui correspond généralement au quotidien du codépendant, lequel se refuse à voir la situation de manière lucide, en la minimisant ou en s’illusionnant. Celle-ci est suivie d’une phase de colère plus ou moins intense, puis d’une phase de marchandage où l’individu tente maladroitement de trouver des solutions. L’échec de ce marché mène à la dépression, dernière étape avant l’acceptation, et la paix face à ce qui est. Ce processus n’est pas forcément linéaire, et peut comporter des allers-retours, il peut s’étendre sur des années ou au contraire sur quelques minutes en fonction de l’importance de la perte et du changement.

Prendre soin de soi signifie également accepter et accueillir ses sentiments. En effet, nombre de codépendants tentent d’échapper à la souffrance en refoulant leurs émotions. Mais ce mécanisme de défense a un coût très important, tout d’abord en termes d’énergie psychique pour garder enfouis les affects, mais aussi en termes émotionnels puisque petit à petit toutes les émotions positives disparaissent, en privant l’individu des petits plaisirs de la vie.

Celui-ci est tellement refermé sur lui-même qu’il ne connaît plus l’intimité, ni même la communication avec les autres, et s’isole de plus en plus dans sa tristesse et sa rancœur.

7. Conclusion

Sortir de la codépendance est possible sans forcément que ce soit profondément douloureux, mais l’accès à la non-dépendance demande de suivre le long chemin de notre propre sécurité affective.

Melody Beattie propose plusieurs étapes pour travailler dans ce sens : prendre en compte les souffrances de notre enfance, les accueillir, les éprouver et enfin prendre du recul par rapport à elles à partir de notre vie d’adulte, en comprenant comment elles conditionnent nos comportements actuels ; prendre soin de notre enfant intérieur, l’écouter, le comprendre et essayer de répondre à ses besoins émotionnels plutôt que de les refouler ; de ne pas chercher notre bonheur chez les autres.

C’est en pensant à soi, et non pas à l’approbation d’autrui, que l’on construit sa propre sécurité affective. Enfin, Melody Beattie suggère d’adopter une posture de « vulnérabilité courageuse », c’est-à-dire d’accepter de se sentir vulnérable et d’avoir peur, mais d’oser malgré tout.

8. Zone critique

Melody Beattie propose un état des lieux intéressant des formes que peut prendre la codépendance, et trace les lignes directrices permettant de sortir de ces comportements dysfonctionnants. Elle propose notamment aux codépendants un programme en 12 étapes qui vise à s’extraire de ce mode de fonctionnement problématique grâce à la foi. Ce recours à une spiritualité largement marquée par la religion s’inscrit dans un contexte culturel nord-américain qui a peu de sens pour des sujets athées, agnostiques ou peu portés à la religion. Alors qu’elle revendique, dans son ouvrage, de croiser expérience personnelle et écrits académiques, les références scientifiques restent quasiment inexistantes, et Melody Beattie donne davantage de place à son vécu et a des personnages fictifs inspirés de personnes codépendantes qu’elle a pu rencontrer dans son parcours.

De la même manière, dans son enthousiasme pour ce type de programme, Melody Beattie dénigre partiellement les thérapies, ce qui nous semble être un clivage dommageable à la prise en charge et au changement des personnes codépendantes. S’il fait peu de doute qu’une rechute est toujours possible quand il s’agit de dépendance et qu’un fil rouge sur le long terme peut s’avérer indispensable, une thérapie auprès d’un professionnel permet de travailler les causes de ces comportements addictifs et ainsi de mieux s’en saisir.

Au travers de ces programmes qu’elle affectionne particulièrement, Melody Beattie met au centre du changement les principes d’Honnêteté (d’authenticité vis-à-vis de soi-même), d’Ouverture d’esprit et de Volonté qui sont les pierres angulaires du travail psychique.

Approfondir ces notions, les inscrire dans les approches thérapeutiques humanistes et tisser des liens avec la pensée de différents chercheurs, tels que Rogers par exemple, donnerait à cet ouvrage toute l’envergure dont il se réclame. Cette absence de problématisation et de mise en perspective théorique, voire politique puisque la codépendance touche largement les femmes qui répondent ainsi aux exigences d’une société patriarcale, circonscrit le propos à une illustration parfois redondante d’un phénomène psychique pourtant majeur et déterminant dans la relation à autrui.

9. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– Vaincre la codépendance (Co-dependance no more), Québec, Sciences et culture, 1987.

De la même auteure– Au-delà de la codépendance, Québec, Beliveau, 2019.– Savoir lâcher prise. Méditations quotidiennes, Paris, J’ai lu, 2014.– Prendre soin de soi, quoi qu’il advienne. Comment ne plus succomber à ses pénibles obsessions, Québec, Beliveau, 2019.

Autres pistes– Salvador Minuchin, Familles et la thérapie familiale, Cambridge, Harvard University Press, 1974.– Robin Norwood, Ces femmes qui aiment trop, Paris, J’ai lu, 2003.– Janet G. Woitit, Enfants-adultes d’alcooliques, Québec, Beliveau, 2002.

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