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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

La République

de Platon

récension rédigée parJeanne BinaDoctorante à l'EPHE et chargée de cours à l'IEP de Paris.

Synopsis

Philosophie

La République est un dialogue philosophique qui traite principalement de la question de la justice dans la cité et pour l’individu. Cet ouvrage fondateur de la pensée politique interroge la forme du régime politique. Quel est le meilleur gouvernement, c’est-à-dire le plus juste ? Et à qui la direction de la cité revient-elle ? Dans sa théorie de la cité idéale, Platon, qui veut allier savoir et pouvoir, considère que le philosophe est le plus légitime pour diriger la cité, car ce contemplateur de la vérité connait l’essence du juste et n’est pas prisonnier de son désir.

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1. Introduction

Cette œuvre fondatrice est le premier questionnement philosophique systématique sur la question de la justice. Elle a inspiré toute l’histoire de la philosophie qui n’a cessé de commenter l’œuvre de Platon.

Dans La République, il affirme que pour garantir la justice dans la cité, le pouvoir doit revenir aux plus compétents pour l’exercer. Les plus compétents sont les plus clairvoyants, les plus savants et les plus désintéressés. La cité idéale dans laquelle les rois et les princes sont des philosophes ne se réduit pas à un vœu pieux. Platon l’a crue réalisable et a tenté de la mettre en pratique, comme en témoigne sa propre vie. Comme il le raconte lui-même dans la Lettre VII, il s’est rendu par trois fois à Syracuse dans le but de réaliser le projet du roi-philosophe imaginé dans la République : d’abord sous le règne de Denys l’Ancien ; ensuite sous le règne Denys le jeune qui venait d’hériter du pouvoir et qui n’avait pas encore été corrompu par le pouvoir. Ces deux voyages échouèrent et le troisième mit fin à son espoir d’allier pouvoir du roi et philosophie.

Dans ce dialogue, Platon met en scène un grand nombre de personnages dans une visée didactique et pédagogique. La multiplicité des points de vue progressivement contredits et dépassés, de même que le recours régulier aux mythes et aux allégories, rendent le texte plus vivant et plus accessible. Cet art de la maïeutique et de la dialectique platonicienne en fait une véritable œuvre de philosophie. La République permet à Platon d’approfondir sa conception de la justice et du modèle politique idéal : le bon gouvernement est fondé sur la connaissance et l’harmonie.

Cette pensée s’inscrit dans son temps et associe justice et ordre du monde. Critique de la démocratie athénienne qui lui est contemporaine, il soutient la monarchie de la connaissance, seul rempart au désordre et au chaos démocratiques. Platon essaie de définir l’essence de la justice, dans le but de déterminer le dirigeant et le régime les plus légitimes.

2. Qu’est-ce que la justice ?

Platon fait dialoguer Socrate avec divers interlocuteurs ; ils se demandent ensemble comment créer une cité heureuse. Une cité heureuse est une cité juste. Il est donc nécessaire de s’interroger sur la nature de la justice. Dans un premier temps, il tente de définir négativement la justice dans les Livres I et II. La justice consiste-t-elle seulement à payer ses dettes ou à rendre à chacun ce qui lui est dû ? Ou bien la justice est-elle, comme le déclare Thrasymaque, « l’intérêt du plus fort » (331c-339b) ?

À travers le récit de Gygès (359b-360d), Socrate veut démontrer que l’homme n’est pas juste volontairement, mais l’est par la contrainte. Un homme qui a du pouvoir et qui a un sentiment d’impunité n’a pas intérêt à être juste de son plein gré, car la vie de l’homme injuste est préférable à celle de l’homme juste. Pour autant, la définition de Socrate n’est pas encore suffisamment claire. C’est pourquoi Adimante lui demande de faire l’éloge de la justice en elle-même, et de montrer l’effet qu’elle a sur ceux qui la détiennent et l’appliquent. Ainsi, dans un second temps, Socrate entreprend de définir positivement la justice au Livre IV: la justice consiste à ne détenir que ce qui nous appartient et à n’exercer que notre propre fonction.

Autrement dit, est juste ce qui est à sa place et accomplit sa fonction. La confusion des tâches dans la cité crée de l’injustice. De surcroît, la justice est une des quatre vertus cardinales nécessaires pour bien gouverner la cité avec la sagesse, le courage et la tempérance. Elle rend les trois autres vertus possibles, crée un équilibre et permet à la cité de se perfectionner ; sa violation apporterait le plus grand mal à la cité. Socrate fait une analogie entre les vertus nécessaires à la bonne gestion de la cité et les vertus de l’individu.

La tempérance, le courage et la sagesse sont également trois qualités présentes dans l’âme. Ces trois parties de l’âme correspondent aux trois classes de la Cité: la partie de l’âme qui raisonne; la partie irrationnelle qui aime et désire incessamment et enfin l’élément irascible, par lequel nous nous mettons en colère. La vertu consiste dans l’établissement des bons rapports d’influence entre les diverses parties de l’âme. Chaque élément de l’âme/membre de la cité occupe une place particulière et doit accomplir une tâche précise. C’est cette harmonie respectueuse de l’ordre établi qui garantit la justice. Socrate a commencé par examiner la justice dans la cité, mais la vraie justice concerne l’homme intérieur, la justice réside avant tout dans l’excellence de l’âme.

Et, c’est justement la justice intérieure qui garantit la justice dans la cité. Quel dirigeant incarne le mieux cette justice, est le plus apte à la mettre en pratique ? Qui seront les gardiens pour veiller sur les lois et institutions ?

3. La cité idéale ou le gouvernement des philosophes-rois

Après avoir expliqué au Livre II que les gardiens de la cité doivent être élevés par la musique, la gymnastique et doivent être philosophes, Platon détaille sa pensée dans le Livre V. Il présente plus précisément cette communauté de gardiens qui sont les meilleurs, grâce à leur éducation. Dans cette communauté règne l’égalité même si les hommes ont plus de force physique que les femmes. Dès la naissance, ces hommes et ces femmes doivent être séparés de leurs parents pour n’appartenir qu’à cette communauté de philosophes et accomplir leur tâche le mieux possible.

Le philosophe doit être le chef de la cité, car il aime non pas une partie de la sagesse, mais la sagesse dans son entier. Les philosophes sont attachés à la réalité des choses. De par leur éducation, leurs qualités personnelles et leur clairvoyance, ils ont accès au monde intelligible. Chez Platon, le monde sensible, le monde terrestre est une apparence, une représentation de la réalité véritable, qui est le monde intelligible. Ce monde intelligible est le monde des réalités intelligibles ou des idées. Les philosophes sont donc les plus aptes à gouverner la cité, car ils sont les seuls à avoir accès à la connaissance des choses en soi et donc aux idées du Bien et du Juste.

En outre, les philosophes sont les mieux capables de garder les lois, car ils sont désintéressés du pouvoir qui corrompt. Le philosophe ne doit pas être confondu avec le philodoxe ou le sophiste, qui ne fonde pas sa connaissance sur la science et la sagesse, mais sur l’opinion (doxa) qu’il cherche à contenter et séduire. S’il est éloquent et peut apparaître comme un philosophe, il ne cherche pas à atteindre le vrai, le bien, le juste. Le naturel philosophe est rare, et ceux qui sont fidèles à la philosophie se retirent naturellement de la cité et de la vie politique, car elle corrompt et éloigne de la vérité. Or ces derniers sont les seuls capables de sauver la cité.

C’est pourquoi Platon considère comme un devoir du philosophe de transmettre la vérité aux autres membres de la cité et d’en assurer la mise en œuvre. Socrate met en scène cette théorie de manière didactique dans le Livre VII, à travers l’allégorie de la caverne (514a-5518b) : des prisonniers dans une grotte ne peuvent voir que des ombres, qu’ils prennent pour la vérité, la lumière étant aveuglante. Les meilleures natures de la cité doivent être contraintes de redescendre vers les prisonniers afin de leur transmettre la connaissance, après une longue formation et une longue contemplation du bien.

Car accéder à la vérité et à la connaissance est un parcours long et sinueux. Alors que les hommes et les femmes de la communauté des gardiens auront atteint une forme de maturité, ils redescendront pour diriger la cité. Il présente ici sa conception de l’éducation et du devoir des élites vis-à-vis du peuple et de la cité plus généralement. C’est elle qui permet de réaliser la cité idéale et l’alliance entre pouvoir et philosophie. Sa conception du pouvoir est élitiste : le pouvoir revient aux hommes de sciences qui ont accès à la connaissance et donc sont en mesure de prendre les meilleures décisions.

Pour justifier ce modèle politique et démontrer qu’il est préférable, car plus juste, Platon présente ensuite d’autres formes de régimes et les risques et dégénérations qui leur sont inhérents.

4. Classification des régimes et des formes de gouvernement

Platon examine au Livre VIII quatre formes de régime corrompues : la timocratie, l’oligarchie, la démocratie et la tyrannie – le régime tyrannique étant présenté comme le pire des régimes. La timocratie est une forme de dégénération de l’aristocratie, un régime caractérisé par le goût de la victoire et des honneurs.

L’homme oligarchique est le fils d’un père timocratique ruiné et il remplace l’amour des honneurs par l’amour des richesses (553a-e). Il est mû par ses désirs. L’homme démocratique est un homme pauvre qui a pris conscience de sa puissance et qui exige une forme de reconnaissance, notamment par le tirage au sort. La démocratie est le règne du désordre, car chacun y aspire à occuper une autre fonction que celle qui lui est naturellement assignée. C’est le régime injuste par excellence, selon les critères platoniciens.

Enfin, le tyran contraint le peuple à le nourrir et le met en esclavage (566d-569c). Platon consacre le Livre IX à l’homme tyrannique qui naît d’un homme démocratique. Prisonnier de ses propres désirs qui sont opposés à la loi, et qui le tyrannisent et le ruinent, il ne connait ni liberté ni amitié. Esclave de ses désirs qui sont très éloignés de la raison et en contradiction avec elle, il est le plus malheureux des hommes et le plus injuste. Il est l’exact opposé du philosophe, car ses actions sont motivées par son propre bien, et ses désirs sont insatiables. Il craint tout le monde et ne fait confiance à personne, car il est menacé partout et tout le temps. Ainsi, son pouvoir est en réalité une forme extrême d’esclavage.

5. Mythe, poésie et immortalité de l’âme

Si Socrate reconnait pleinement la nécessité et l’utilité du mythe dans la cité, il est conscient des dangers propres à la poésie. Dans le dernier livre de La République, il critique la poésie, considérant que l’art est un mensonge. La querelle entre philosophes et poésie n’est pas nouvelle. Si le philosophe est en quête de la vérité, la poésie est une imitation et crée des images qui sont éloignées de la vérité. Les productions des poètes sont les ombres des ombres.

En outre, « la poésie peut corrompre, car elle encourage des émotions qu’il est déshonorant d’exprimer » (Pierre Pachet). Or, ce n’est pas le plaisir qui doit dominer dans la cité, mais la justice. La poésie est acceptée si elle est utile pour la cité.

Dans un second temps dans le Livre X, Socrate veut montrer qu’il est avantageux d’être vertueux, car l’âme est immortelle. Après la mort, l’âme qui est injuste n’est pas libérée de ce mal. Si l’homme juste est récompensé dans la vie terrestre, dans l’au-delà sa vertu est encore mieux reconnue. Les dieux reçoivent l’homme juste, qui a cherché toute sa vie à les imiter, sur un pied d’égalité.

On connaît la destinée après la mort et les avantages par le récit d’Er, laissé pour mort, et qui a connu le voyage des âmes. Après sept jours, les âmes choisissent une nouvelle vie. Dans la plupart des cas, elles choisissent en fonction de leur vie antérieure.

6. Conclusion

À la fin de sa vie, Platon prend acte de l’échec pratique de son modèle de la cité idéale de la République et de l’idéal du philosophe-roi. Il propose alors dans Les Lois, un modèle de cité plus réalisable, fondée sur l’ordre de la loi. Son idéal d’allier philosophie et pouvoir politique s’est heurté au réel malgré les qualités de Dion de Syracuse, que Platon a formé.

En effet, « un homme juste, avisé et réfléchi, ne peut jamais se méprendre complètement sur le caractère des hommes injustes, mais il n’y a rien d’étonnant qu’il subisse le destin de l’habile pilote qui n’ignore pas absolument la menace d’une tempête, mais ne peut prévoir sa violence extraordinaire et inattendue et doit forcément être submergé. Voilà bien aussi ce qui a un peu trompé Dion » (Lettre VII, 351 d). Il apparaît que le philosophe n’est pas plus apte et plus armé pour affronter les aléas politiques. Plus fondamentalement, il se demande s’il n’y a pas une forme d’incompatibilité de langage et de décalage entre discours philosophique et affaires de la cité et qu’il est impossible d’allier les deux.

Cependant, dans Platon et la cité (1997), Jean François Pradeau réfute cette conception répandue selon laquelle le vieux Platon aurait renoncé au gouvernement idéal et conçu le gouvernement de sa cité par la loi. Au contraire, dès la République, c’est une cité réelle que Platon a voulu fonder et toute sa pensée politique/tous ses dialogues lui permettent de mieux définir les conditions de possibilités de cette cité. Ainsi, les Lois sont un accomplissement de la République, du travail de Platon et de sa vie.

7. Zone critique

La République est une œuvre majeure de philosophie qui, à travers le questionnement sur la justice, traite de très nombreux sujets philosophiques, faisant de ce dialogue une œuvre incontournable en elle-même. Elle a inspiré toute la pensée philosophie postérieure, et ce non seulement dans le monde occidental.

Pour ne donner qu’un exemple, la communauté d’hommes et de femmes gardiens vivant en parfaite égalité a été considérée comme le précurseur du communisme. La conception platonicienne du monde, de l’âme tout autant que de l’organisation de la cité, a été une grande source d’inspiration et de commentaires.

Dès l’Antiquité, alors que Platon est très critique de la démocratie athénienne qui est la cause du désordre et de l’injustice, Aristote développe une pensée politique considérant que le régime juste est au contraire celui dont le pouvoir est exercé au nom de tous. La conception platonicienne élitiste du pouvoir a été contestée, notamment parce qu’il justifie l’eugénisme dans la communauté des gardiens. De même, la figure du philosophe-roi de Platon qui incarne un modèle politique idéal sera dépassée par Machiavel. Inversement, le monarque ne dirige plus à partir de l’idée du juste et de la connaissance de la vérité, mais à partir de situations politiques. L’homme politique doit faire face au réel pour en déduire les possibles et agir de manière efficace.

8. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– La République. Du régime politique, trad. Pierre Pachet, Paris, Gallimard, Coll. Folio essais, 1993.

Du même auteur– Le Banquet, Paris, Flammarion, 2016.– Apologie de Socrate, Paris, Flammarion, 2017.– Ménon, Paris, Flammarion, 1999.– Gorgias, Paris, Flammarion, 2018.

Autres pistes– François Châtelet, Platon (1965), Gallimard, coll. « Folio », 1990.– Monique Dixsaut (dir.), Études sur la République, Vol. 1 : De la justice, éducation, psychologie et politique, avec la collaboration d’Annie Larivée, et Vol. 2 : De la science, du bien et des mythes, avec la collaboration de Fulcran Teisseren, Paris, Vrin, Coll. Tradition de la pensée classique, 2005 et 2006.– Allan Bloom, La Cité et son ombre : essai sur la République de Platon (1968), trad. Étienne Helmer, Paris, édition du Félin, 2006.– Alain Badiou, La République de Platon, Paris, Fayard, 2012.

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